Z’avez pas vu l’chien-bois ?

Crâne fossile de Chien-bois. auteur : P.V. Lund, 1895. Source : Manioc.org

S’il est bien un animal extrêmement discret en Guyane, c’est le Chien-bois, Speothos venaticus pour les savants. On l’appelle aussi chien des buissons, mais localement ce sont les noms créole « chyen-bwa » ou aluku « busi dagu » qui sont les plus utilisés. Il est si discret que, chose rare en sciences, son fossile a été découvert par P. W. Lund, un paléontologue danois, en 1842, au Brésil, avant que des scientifiques observent l’animal vivant ! Bien que peu connu, il est l’un des deux canidés présents en Guyane. L’autre canidé est le Renard des savanes, Cerdocyon thous, encore plus rarement observé. La plupart des données sont d’ailleurs dues à des pièges-photos, ce qui démontre bien la difficulté de rencontrer cet animal pourtant diurne et qui vit parfois proche de nous. D’autres prédateurs, comme les jaguars, sont bien plus fréquemment rencontrés.

Chien-bois, Speothos venaticus. Photo prise au zoo de Guyane.

A quoi ressemble notre Mirza de la forêt ? On est très loin du loup… Il est plutôt court sur pattes, une trentaine de centimètres de haut, avec une tête massive caractérisée par un museau court et des oreilles rondes qui lui donnent un air d’ours miniature. Il pèse entre 5 et 7 kg. Autre caractéristique, ses pieds sont palmés. Il est très bon nageur et vit souvent près des criques. Ils sont même capables de plonger plus de 30 secondes. Les Chiens-bois vivent en groupe de 4 à 10 individus. Il est actif le jour, plusieurs observations ont été faites en fin de matinée. Toutefois, certains ont été vus de nuit, ainsi qu’à l’aube ou au crépuscule. Les Chiens-bois dorment en groupe dans un terrier qu’ils ont creusé ou d’anciens terriers, comme celui du Tatou géant, le Grand Cabassou. Ils utilisent aussi les troncs creux des grands arbres abattus. Les femelles ont entre 2 à 6 chiots. Au Surinam, des naissances ont été observées durant la saison des pluies.

C’est un prédateur. Une étude des crottes de Chien-bois, au Costa-Rica, a montré qu’ils se nourrissait surtout de vertébrés : des petits rongeurs et des marsupiaux, mais aussi d’agoutis et de pacs, d’oiseaux, surtout des tinamous et dans une moindre mesure de reptiles et d’arthropodes du sol. On a même retrouvé des fruits de Bois-canon dans ses excréments. Malgré leurs petites tailles, ils ont été parfois vus s’attaquant, en groupe, à des proies bien plus grosses qu’eux comme les Cabiaïs ou les biches. Sa discrétion vient aussi de son cri. En effet, les chiens bois communiquent grâce à des petits cris aigus. Ils jappent lorsqu’ils chassent leurs proies (Pour écouter le cri du chien-bois, regardez la vidéo citée en fin d’article).

Gallerie : Quelques proies du Chien-bois

Bien que vivant de l’Amérique centrale au nord de l’Argentine, Speothos venaticus est rare sur toute sa zone géographique. Le Chien-bois se cache dans nos forêts, alors ouvrez l’œil et avec beaucoup de chance…

Références :

Les livres :

« Faune de Guyane« , 2007, E. Hansen et C.Richard-Hansen, Ed. Roger le Guen, 272 pp.

« Natural History and Ecology of Surinam« , 2018, Bart de Dijn Editor, LM Publishers, 480 pp.

« Neotropical Rainforest Mammals« , 1997, L. Emmons, F. Feer, The University of Chicago Press, 307 pp.

Sur internet :

Faune-Guyane : Pour voir la photo de D. Faune d’un Chien-bois pris au piège-photo.

http://www.manioc.org/ : Pour l’image du crâne fossile.

Diet and habitat associations of bush dogs Speothos venaticus in theInterior Atlantic Forest of eastern Paraguay, 2005, G.L. Zuercher, P. S. Gipson, O. Carrillo, Oryx Vol 39 N°1, pp. 86-89

« Why bush dogs are so different from other dog », Une vidéo du Smithsonian magazine où vous pourrez entendre le cri du Chien-bois et vous constaterez sa remarquable aptitude à la natation.

Comment identifier les animaux et les plantes de Guyane ?

Dans l’estuaire du Mahury, un plouf, une queue et un aileron aperçus brièvement.

-Mais c’est quoi ça ?   Un requin ?

-Non, un dauphin, je crois, mais il était un peu rose…bizarre.

-Trop petit pour être un dauphin.

Pas toujours facile en Guyane de nommer les animaux ou les plantes rencontrés. La biodiversité est telle que la tâche est ardue. Les ressources téléchargeables sont alors très utiles.  Cet article vous propose d’accéder à la documentation sur les espèces locales, en ligne, téléchargeable et gratuite.

Aujourd’hui, il existe plusieurs types de documents mis à disposition du grand public pour identifier les espèces animales et végétales. Les livres, bien sûr, dont une partie d’entre-eux est citée dans la bibliographie de ce site. L’édition dans ce domaine offre une grande variété de sujets. Ils peuvent être plutôt généralistes comme « Les petites bêtes des jardins de Guyane » ou plus spécialisés comme « Marsupiaux et rongeurs de Guyane ».

La biodiversité guyanaise est aussi en ligne. Certains sites reflètent vraiment cette grande diversité en offrant de remarquables photos d’espèces identifiées et classées. Citons par exemple, pour les plantes, « flore de Guyane » et « la chaussette rouge ». Ces sites peuvent être très spécialisés comme « Libellules de Guyane », un travail remarquable qui propose même une clé de détermination dynamique.

Ces dernières années, on trouve aussi sur la toile de nombreux documents téléchargeables et gratuits. Ces livrets sous format .pdf sont autant de précieux outils pour découvrir notre flore et notre faune locales.  Voici quelques liens qui vous permettront d’accéder à ces ressources  :

« Faune Guyane » est un site collaboratif ouvert à tous. Sur ce site, vous trouverez de nombreuses ressources téléchargeables et gratuites pour identifier les oiseaux des jardins ou certaines oiseaux particulièrement difficiles à identifier, une famille de chauve-souris, les petits opossums, les mammifères marins, les caïmans, certains serpents et lézards, certains amphibiens ou les papillons de jour. Découvrez ces livrets en cliquant ici et en ouvrant les onglets à gauche de la page d’accueil.

La Réserve Régionale Naturelle Trésor offre une très belle collection de livrets naturalistes. Les livrets sur palmiers, les phasmes et les libellules sont déjà parus. Pour les découvrir, cliquez ici.

L’association « Kwata » offre aussi de nombreuses fiches et livrets téléchargeables sur certaines espèces emblématiques de la Guyane comme le tapir, le lamantin, les tortues marines, etc… Vous pouvez télécharger ces documents, en cliquant ici et en descendant jusqu’à la rubrique « téléchargements ».

 

« Cerato », l’association herpétologique de Guyane met aussi à disposition de nombreux documents téléchargeables pour identifier les serpents, les lézards et les amphibiens de Guyane. Ces documents récents et très bien faits sont de précieux outils pour découvrir ces animaux. Découvrez ces livrets en cliquant ici.

« Herp me ! » est une revue proposée par la Société Herpétologique de France. Son tout premier numéro, téléchargeable et gratuit, est consacré aux geckos de Guyane. Pour télécharger la revue, cliquez ici.

« Biotope » propose aussi, dans les cahier de la fondation, des clés de détermination des caïmans de Guyane ou de certains serpents et amphibiens. Cliquez ici et faites défiler les titres, plusieurs cahiers concernent la Guyane.

La diversité de cette documentation mise à disposition du public est le reflet de l’extraordinaire richesse de la nature guyanaise. Cet article n’est d’ailleurs pas exhaustif et les publications se multiplient. Si vous habitez sur un site où internet passe mal, faites-vous une petite collection de pdf. Si vous venez d’arriver en Guyane ou tout simplement si votre passion pour la nature locale est naissante, pas de panique, procédez pas-à-pas. Par exemple, en apprenant à identifier les oiseaux du jardin et les espèces emblématiques de Guyane. Plus vous découvrirez de nouvelles espèces et plus vous aurez envie d’en connaître d’autres. Ces travaux nombreux et de qualités représentent des heures de travail, un grand merci à tous ceux qui les ont élaborés.

 

Zouti lans, une rencontre brûlante

Au cours d’une balade, j’aperçois une araignée spectaculaire, une Argiope argentée, au milieu d’un massif de plantes à petites fleurs blanches. Afin de la photographier de plus près, je m’enfonce parmi ces plantes d’environ un mètre cinquante de haut quand, je ressens de violentes brûlures aux bras et aux mains. Mais qui donc vient de m’infliger ces douloureuses piqûres ?

Sans le savoir, cette sensation de brûlure m’a au moins fait découvrir le nom de l’espèce. Car, je suis entré au milieu d’un joli massif de Cnidosculus urens,

Cnidoscolus urens

plus connue localement sous le nom de Zouti lans. Si j’avais connu un seul de ces deux noms, je me serais méfié. En latin, « Cnide » se traduit par l’anémone de mer, aussi nommée : « ortie de mer ». Quant à « urens », cela se traduit par « brûlure ». Le créole n’est pas moins explicite, « Zouti » vient d’ortie et « lans » comme la violente douleur ressentie après la piqûre. Pour avoir testé différentes orties européennes, la Zouti locale inflige une brûlure bien plus douloureuse. Bref, une plante qu’il vaut mieux apprendre à reconnaître.

La Zouti lans est une plante qui pousse sur le littoral. Elle appartient à la famille des euphorbiacées, une vaste famille de plantes dans laquelle on retrouve le célèbre

Les fleurs de l’Ortie lance, Cnidoscolus urens. Evitez d’en faire un bouquet, ça pique fort !

manioc. La plante mesure jusqu’à 2 mètres de haut. La tige et les feuilles sont couverts de petits poils urticants. Attention, comme beaucoup d’autres plantes de cette famille, elle produit un latex toxique. Il ne faut absolument pas la manger. Ceci pourrait entrainer un gonflement des lèvres, des rougeurs et même une perte de connaissance. Une étude a montré que, dans certaines régions, ses petites fleurs blanches font pourtant le délice d’une espèce de papillon, l’Eurema daira, attirés par le nectar des fleurs. Enfin, plus précisément des fleurs mâles. En effet, si cette plante produit des fleurs mâles et des fleurs femelles, seules les premières produisent du nectar mais, comme les fleurs mâles et femelles se ressemblent comme deux gouttes d’eau, elles trompent le papillon qui butine indifféremment l’une ou l’autre.

En photographiant une araignée, on ne pense pas forcément à se méfier de la plante dans laquelle elle a construit sa toile… Connaître la nature qui nous entoure évite parfois quelques déconvenues.

Références :

http://www.lachaussetterouge.fr/2014/04/cnidoscolus-urens-zouti-lance.html

« https://herbier-guyane.ird.fr/initier-botanique/plantes-en-vrac/plantes-toxiques/zouti-lance/ »

https://en.wikipedia.org/wiki/Cnidoscolus_urens, l’article au sujet de cette plante sur le wikipédia anglais.

 » Nature : « Zouti lance », attention plante dangereuse….! », 2020, article de Guyane 1ère dans la rubrique nature suite à une alerte de M. Fleury.

Que mangent les chauves-souris ?

Dessin Jamal Dine K.*

Que mangent les chauves-souris ? Dans son récit de voyage au Brésil, en 1578, Jean de Léry écrit qu’il existe des chauves-souris qui entrent dans la maison, la nuit et si elles trouvent quelqu’un qui dort les pieds découverts, s’adressant toujours au plus gros orteil, elles lui sucent le sang, jusqu’à en tirer plus d’un pot sans que la victime n’en sente rien. Il précise que cela fait rire ses hôtes. Jean de Lery décrit ici la visite d’une chauve-souris vampire, Desmodus rotundus, ainsi appelée car elle se nourrit de sang, les scientifiques diraient qu’elle est hématophage. Il existe deux espèces de chauves-souris hématophages, en Guyane : L’une, plus fréquente, se nourrit du sang des mammifères, notamment du bétail et l’autre, rare, de celui des oiseaux. Rassurez-vous, en cas de morsure, vous n’allez pas vous transformer en vampire même s’il vaut mieux se faire vacciner contre la rage par précaution. Lorsqu’on dort dehors, il est donc préférable d’équiper son hamac d’une moustiquaire.

Le Molosse est une chauve-souris insectivore.

Mais, toutes les chauves-souris ne sont pas hématophages, loin de là. Elles ne sont pas non plus toutes insectivores comme on peut l’observer en Europe où la plupart des espèces se nourrissent d’insectes à la tombée de la nuit. En fait, Il existe une centaine d’espèces différentes de chauves-souris en Guyane avec des régimes alimentaires variés. Les chiroptères, ainsi appelle-t-on les chauves-souris, représentent un peu plus de la moitié des espèces de mammifères présents en Guyane (en 2017, 107 espèces sur les 200 espèces de mammifères recensées en Guyane). Il y a certes des espèces insectivores mais on observe aussi des frugivores, des nectarivores, des hématophages, des carnivores et même des piscivores !

Nasin des rivières.

Manger des insectes est le régime alimentaire le plus courant chez les chauves-souris de Guyane. 66 des 107 espèces sont insectivores. Parmi ces espèces, on peut citer notamment le Nasin des rivières, Rhynchonycteris naso, très fréquent le long des fleuves et des criques. Les Nasins chassent les insectes en vol au-dessus des fleuves. En journée, ils se tiennent alignés sous les branches mortes qui surplombent l’eau d’où ils s’envolent au passage des pirogues. En ville, le Molosse commun, Molossus molossus, poursuit les insectes en plein ciel. Cette chauve-souris passe la journée dans de petites fentes sous les toits ou dans les murs.

Une artibée à la recherche de mangue.

Les villes sont aussi fréquentées par des espèces frugivores. Ce régime alimentaire est le deuxième plus fréquent en Guyane. Deux frugivores sont bien représentées en ville : les Carollias communes, Carollia perspicillata et les Artibées, Artibeus sp..  Généralement, les chauves-souris cueillent rapidement les fruits en vol et les transportent jusqu’à un endroit où elles vont le dévorer. Elles digèrent très rapidement ce qui leur permet de consommer beaucoup de fruits chaque nuit. Elles participent ainsi à la dissémination des graines en déféquant en plein vol.

Glossophage murin, Glossophaga soricina.

D’autres espèces se nourrissent principalement d’une autre partie des végétaux. En effet, comme les colibris ou les abeilles, certaines chauves-souris consomment du nectar de fleurs. C’est le cas du Glossophage murin, Glossophaga soricina, reconnaissable au fait qu’il tire toujours la langue. Ces nectarivores participent à la fécondation des fleurs en transportant le pollen de l’une à l’autre.

Il y a aussi des chauves-souris carnivores. C’est le cas du Javelot, Vampyrum spectrum, qui se nourrit de petits vertébrés : oiseaux, petits rongeurs, petits marsupiaux et d’autres espèces de petites chauve-souris ! D’autres espèces de chauve-souris

Grand noctilion, Noctilio leporinus est une chauve-souris pêcheuse.

carnivores, comme le Trachops verruqueux,  s’attaquent aux batraciens. Mais, le plus étonnant est certainement la chauve-souris pêcheuse de Guyane, le grand noctilion, Noctilio leporinus. Elle vole au ras de l’eau et capture grâce à ces grands pieds les poissons proches de la surface. Cette grande chauve-souris mangeuse de poissons, on dit piscivore, est fréquente aussi bien le long des fleuves que des marais ou des rivages marins.

Donc, Si vous vous promenez en bord de mer la nuit, ne vous étonnez pas de voir les bec-en-ciseaux remplacés par ces grandes chauves-souris au pelage brun. Comme Jean de Lery l’avait remarqué dès le XVIème siècle, la faune d’Amérique du sud offre bien des surprises.

 

 

 

Références :

« Atlas des chauve-souris de Guyane« , 2001, P. Charles-Dominique, A. Brosset, S. Jouard, Patrimoines Naturels, 49, 172 p.

« Liste des Mammifères de Guyane française », 2017,  F. Catzeflis, 15 p.

« Chiroptères : de sympathiques mammifères », 2008, M. Delaval, Eco-Gwiyan, n°19, p.10-11

« Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil », 1578, Jean de Léry, Le livre de poche, 670 p.

*Merci à J. D. K. pour ce dessin.

 

 

Heureux évènement chez les tyrans.

Souvenez-vous, il y a tout juste un an, en février 2020, Myio et Tétesse, un couple de Tyrans de Cayenne construisait son nid dans un Pereskia, au milieu des épines de ce cactus. Ils avaient fini par abandonner le nid. Celui-ci a disparu petit-à-petit (voir l’article : « Construire son nid pas-à-pas »)

Un an plus tard, fin janvier 2021, ils reconstruisent un nid exactement au même endroit que l’année précédente. Malheureuse nouveauté, témoin de l’histoire récente, ils choisissent d’agrémenter la construction de morceaux de masques chirurgicaux glanés dans le quartier…

Cette fois-ci, ils occupent le nid. Et enfin arrive un heureux évènement chez les tyrans, deux poussins pointent le bout de leurs becs ! Les deux parents restent proches du nid. Ils apportent de la nourriture à leur progéniture. Plusieurs fois, un adulte a été vu le bec rempli de ces graines collantes qui germent un peu partout sur les branches et divers supports. Ils chassent aussi activement tous les intrus qui s’approchent un peu trop du nid, au nombre desquels on a pu observer des colibris, un  merle leucomèle ou des moineaux domestiques.

Une activité débordante pour Myio et Tétesse qui ne s’arrêtera qu’à l’émancipation des petits.

Est-ce que les oiseaux se lavent ?

A la question « Est-ce que les oiseaux se lavent ? », le professeur Choubichou a répondu fermement « Oui, bien sûr ! mais pas les dents ». Jugeant cette réponse insuffisante, dipijo a mené l’enquête.

Ah ben, c’est du propre !

Oui, les oiseaux se lavent et ils passent même beaucoup de temps à entretenir leur plumage. Il faut dire que pour les oiseaux, avoir un plumage en très bon état, est indispensable à leur survie. Pour voler bien sûr, mais les plumes jouent aussi un rôle important pour se protéger du vent, du soleil, de l’humidité, elles permettent aussi de mieux flotter ou au contraire de plonger. En fait, pas moins de 22 fonctions sont associées aux plumes. Hélas, les plumes s’abiment au contact des feuillages, sont salies par la boue ou la vase, elles sont aussi dévorées par certains parasites comme les poux des oiseaux, les acariens ou des champignons. Bref, il est indispensable de prendre soin de son plumage.

Comment les oiseaux entretiennent-ils leur plumage ? Tout d’abord, vous avez peut-être remarqué que les oiseaux adorent se baigner. Ils se secouent énergiquement dans une flaque d’eau en aspergeant, à l’aide de leurs ailes, leur plumage ébouriffé. Remarquez qu’ils évitent de se mouiller entièrement les plumes car cela pourrait être dangereux s’il fallait prendre la fuite. Pour un décollage rapide, éviter de ressembler à un canadair est une sage précaution. Certains petits oiseaux se contentent de quelques gouttes de pluie déposées sur une feuille. Le bain collectif est aussi fréquent. Il suffit qu’un oiseau commence et plusieurs congénères se joignent à lui, on se croirait à la plage avec les copains. Une fois le plumage humidifié, on peut passer au lissage.

Vous avez peut-être déjà vu un oiseau prendre ses plumes une à une dans son bec. Il est en pleine opération de lissage. Pour bien comprendre l’intérêt de cette opération, prenez une plume bien lissée et ouvrez-là. Vous sentez ? C’est comme si on ouvre une fermeture éclair. En fait, chaque plume est constituée de nombreuses barbes fixées entre-elles par un système de barbules et de crochets. Les oiseaux passent beaucoup de temps à remettre de l’ordre dans leurs plumes, un peu comme quand vous vous peignez. Certains oiseaux, comme les canards, les grèbes ou les sternes, utilisent aussi une matière huileuse qu’ils étalent sur leur plumage. Cette matière est produite par des glandes situées un peu avant la queue, sur le croupion. C’est la glande uropygienne. Cette opération permettrait de conserver la flexibilité et l’imperméabilité des plumes. Elle pourrait aussi avoir une action antimicrobienne.

Mais cette glande est absente ou peu développée chez certains oiseaux qui utilisent une autre matière : de la poudre de plume ! En fait, ces oiseaux produisent un duvet poudreux qu’ils récupèrent en se frottant la tête dessus et qu’ils étalent sur le reste du plumage, ce qui permettrait d’imperméabiliser celui-ci. Cette poudre blanche a donné son nom à l’Amazone poudrée. D’autres oiseaux, les hérons, les engoulevents et les chouette effraies ont aussi des sortes de peignes sur l’ongle des doigts médians. Ils se tiennent alors sur une patte et remettent de l’ordre dans leur plumage avec l’autre.

Et quand ils n’ont pas d’eau pour se baigner, quand le climat est chaud et sec, les oiseaux prennent parfois des bains de poussières. C’est le cas des moineaux domestiques, une espèce arrivée depuis peu de temps en Guyane et qui continuent en saison sèche à se rouler dans la poussière. Une bonne façon de se débarrasser des parasites et de dégraisser son plumage. Les poules aussi aiment beaucoup ce bain atypique.

Le lissage mutuel des plumes peut aussi avoir une fonction sociale chez certaines espèces. C’est le cas chez les anis ou chez plusieurs perroquets où il n’est pas rare d’observer deux oiseaux prendre soin l’un de l’autre. Se lisser les plumes mutuellement a un avantage, atteindre certaines parties du corps comme le dessus de la tête. C’est aussi un véritable rapport social : On a observé, chez les perroquets, qu’après un conflit, un des oiseaux abaisse la tête en sollicitant une réaction de lissage de la part de l’autre. Cela permettrait d’apaiser les tensions.

Donc si les oiseaux ne se lavent pas les dents, pour le reste, ils se lavent et même plutôt deux fois qu’une.  Une chose est sûre, observer une bande d’oiseaux au bain, met de bonne humeur le matin.

L’heure du bain.

Références :

« Portraits d’oiseaux guyanais« , 2003, Gepog, Ibis rouge éditions, 479 pp.

« La biologie des plumes », C.J. Kazilek, Article sur le site de l’Arizona State University.

« Le lissage des plumes chez les oiseaux », 2012, article sur le blog du relais du vert bois.

« Les enjeux de la toilette », article sur le site http://terre-d-oiseaux.fr

« Le bain », article sur le site : http://www.oiseau-libre.net/

 

Un lézard dans le ruisseau

Nesticure sillonné

En longeant un ruisseau, j’aperçois un lézard sur une pierre au milieu du courant. « En voilà un en bien mauvaise posture » me dis-je. J’approche pour lui porter assistance, mais soudain, plouf ! Il a sauté, peut-être a-t-il eu peur de ma présence. Mais quelle n’est pas ma surprise quand je le vois se mettre à nager, la tête hors de l’eau, comme un champion du 100 mètres crawl. Mieux, il plonge et se réfugie sous une roche à demi immergée.

Mais quel est donc ce lézard aussi à l’aise dans l’eau ? Il s’agit en fait d’un Neusticure, le Nesticure  sillonné pour être plus précis, l’une des deux espèces de petits lézards semi-

Nesticure sillonné

aquatiques de la Guyane. Il ressort petit-à-petit de sa mini-grotte pour laisser apparaitre un physique de crocodile pour playmobil, avec ses écailles qui lui forment comme une sorte de double carène à la base de la queue, d’où son nom latin Neusticurus bicarinatus. Sa longue queue est comprimée latéralement, idéale pour nager. Décidément, ce lézard d’environ 10 cm a un physique intéressant.

Son cousin, le Neusticure de Suriname, Neusticurus surinamensis pour les intimes, n’est

Neusticure du Suriname, Neusticurus surinamensis.

pas en reste. Ses écailles forment comme de petites bosses sur son corps. Comme l’autre Neusticure, il vit proche des ruisseaux où il trouvera lui aussi une partie de sa nourriture. Car ses lézards ont une autre particularité. Comme beaucoup de lézards, ils se nourrissent d’arthropodes : millepattes, araignées, insectes et de mollusques mais ils ajoutent à leurs menus quelques petits poissons et même des têtards !

En Guyane, on trouve d’autres lézards qui vivent au bord de l’eau. C’est le cas du Lézard caïman, Crocodilurus amazonicus, et du Dracène d’Amazonie, Dracaena guianensis, qui

Tropidure sourcilleux, Uranoscodon superciliosus.

fréquentent les rivières et marais. Il y a aussi les Tropidures sourcilleux, Uranoscodon superciliosus, sur les berges des criques et des fleuves et les Iguanes verts, Iguana iguana, qui perchés dans les branches surplombant l’eau, n’hésiteront pas à faire le grand plongeon à l’approche d’un intrus. Mais ça, ce sont d’autres histoires…

 

Référénces :

« Les lézards de Guyane« , 2004, J.C. de Massary, Editions Roger le Guen, 55 p.

« Les lézards de Guyane« , 1990, J.P. Gasc, Editions Chabaud, 76 p.

« Natural History and Ecology of Surinam« , 2018, Bart de Dijn Editor, LM Publishers, 480 pp.

Les passiflores

Maracuja, fruits de la Passiflora edulis.

Les passiflores, vous connaissez ? Non ? Alors les fleurs de la passion ? Les fruits de la passion ? Toujours pas. Bon, les maracujas ? Oui, c’est cela, ces délicieux fruits, ce jus un peu acidulé… Tout le monde voit, alors on va pouvoir parler des passiflores. Car nos maracujas, de son nom latin Passiflora edulis, ont de nombreuses cousines qui poussent naturellement en Guyane.

 

Gravure à l’eau forte de « Passiflora coccinea » par Fusée Aublet, 1775.

Les passiflores appartiennent à la grande famille des Passifloraceae et au genre Passiflora dans lequel on trouve environ 600 espèces. Ce sont des lianes avec de très belles fleurs. 90 % des espèces connues dans le monde viennent d’Amérique du sud, d’Amérique centrale ou des Caraïbes. Aucune Passiflore n’est originaire d’Afrique ou d’Europe. En ce moment, de nombreuses passiflores fleurissent. Découvrons quelques espèces de Guyane.

Près de nous, sur les bords de route ou de piste, la petite Passiflora foetida, mérite le coup d’œil. Ses fruits apparaissent comme des boules orange dans un emballage poilu. La pulpe de ses fruits est comestible. Toujours en bord de piste, la Passiflora coccinea rampe au sol ou grimpe aux arbres. La Snekimarkusa* ne passe pas inaperçue. D’ailleurs, le botaniste Fusée Aublet l’avait décrite dès le 18ème siècle, lors de son voyage en Guyane. Elle a de grandes fleurs rouges et des boutons au bractées tout aussi voyantes. Elle est très commune le long des pistes forestières.

Passiflora candida pousse elle aussi en bordure de piste ou en forêt. Elle forme des lianes et étale ses fleurs avec des pétales blancs et des étamines jaunes ponctuées de rouges. En fait, la forêt héberge  plusieurs espèces. C’est le cas de Passiflora glandulosa avec ses fleurs rouge vif ou de Passiflora amoena avec ses fleurs et ses fruits roses.

Les passiflores ont aussi conquis les marais et les bords de criques. Cette magnifique Passiflora gabrielliana avec ses grandes fleurs rose et violette poussait en bord de crique. La discrète Passiflora vespertilio, reconnaissable à ses fleurs blanches et ses feuilles à la forme particulières en « pied de canard », se développait au bord d’une zone marécageuse.

Il ne vous reste plus qu’à enrichir ces quelques exemples par vos propres observations des nombreuses autres passiflores de Guyane. Alors, après les fêtes, rien de mieux qu’une bonne marche à la recherche de ces fleurs, vous verrez, vous allez aimer beaucoup, passionnément ou à la folie.

*Snekimarkusa : nom en sranan tongo de la Passiflora coccinea , un petit clin d’oeil à nos voisins du Surinam.

Références :

« Les passiflores françaises : Guyane et Antilles », 2020, C. Houel, 74 pp., le PDF d’un passionné de passiflores à lire sur son site : http://www.passiflorae.fr/

http://floredeguyane.piwigo.com/ :  Ce site propose de très nombreuses photographies de plantes de Guyane, à consulter plus particulièrement pour cet article : Familles botaniques / Passifloraceae

http://www.lachaussetterouge.fr/ : Un site très richement documenté sur les plantes de Guyane et particulièrement pour cet article, allez voir la page http://www.lachaussetterouge.fr/tag/passiflora/

« Histoire des plantes de la Guiane Françoise», 1775, J.B.C. Aublet, Tome IV,  pl. 324