Des familles étendues

La famille Raton crabier en pêche, de nuit.

« Sur cette photo, nous observons des animaux d’une même famille », nous annonce le scientifique en parlant de cette partie de pêche des ratons crabiers. Mais de quelle famille parle t’il ? S’agit-il de la famille représentée par la mère et ses petits ou du fait que tous ces ratons crabiers appartiennent à la famille des procyonidés comme les coatis ou les ratons laveurs. En effet, la famille pour le biologiste, c’est avant tout un groupe de genres qui présentent des caractères communs. Attention, on ne parle pas ici du genre masculin ou féminin, mais du genre qui réunit des espèces proches présentant elles aussi des caractères communs. Bref, pour le scientifique, le mot « famille » fait référence à la classification des êtres vivants. On dira, par exemple, que tous les « perroquets » appartiennent à la famille des Psittacidae ou que tous les végétaux en formes de plants d’ananas sont des Bromeliaceae. Vous avez remarqué ? Les noms des familles en latin se terminent par « idae » pour les animaux et par « aceae » pour les plantes, ou « idés » et « acées » en français.

Quelques représentants de la famille des psittacidae de Guyane

Quelques représentants de la famille des Broméliaceae de Guyane

Comment s’appelle cet oiseau chinois ?

Regrouper les espèces au sein d’une même famille est bien pratique pour reconnaitre les animaux ou les plantes. Par exemple, vous êtes en Chine et vous voyez cet oiseau aux longues pattes et au long bec qui vous fait penser à un héron, vous allez chercher son nom dans les Ardeidae. Gagné ! Il s’agit du Crabier chinois une espèce de héron asiatique. Et surprise ! Que vous soyez en Afrique, en Amérique du sud ou du nord, en Océanie, en Europe ou en Asie, vous allez vous rendre compte que cette famille des Ardeidae se trouve sur tous ces continents. Par contre, dans cette famille, vous ne pourrez observer l’Onoré agami, que dans le nord de l’Amérique du sud et en Amérique central. Alors que vous soyez en Guyane, en Bretagne ou en Chine, vous pourrez rencontrer des Aigrettes garzettes. Toutes les espèces d’une même famille n’ont par la même distribution sur la planète.

Certaines familles d’oiseaux ne se rencontrent d’ailleurs que sur certains continents.

C’est le cas par exemple de la famille des colibris, les Trochilidae, qui ne se trouvent qu’en Amérique, de l’Alaska à la terre de feu. Parfois tous les oiseaux d’une même famille vivent dans une même zone climatique, c’est le cas des tinamous. Tous les Tinamidae vivent en Amérique tropicale. Les Alcidés, eux, regroupent des espèces qui vivent dans les eaux froides ou tempérées de l’hémisphère nord. Ils passent tous leur vie en mer et ne viennent à terre que pour se reproduire. On trouve dans ce groupe des Macareux, des Guillemots et des Pingouins. Pingouins qui ne faut pas confondre avec les manchots qui eux vivent dans l’hémisphère sud et font partie de la famille des Spheniscidae.

Quelques représentants de la famille des Alcidae, en Bretagne.

En cette période de voyage, si vous souhaitez reconnaitre les animaux que vous rencontrez, commencez par vous poser la question : « Est-ce qu’il ne ressemblerait pas un animal que je connais chez moi ? ». Cela pourra vous aider à l’identifier. Attention toutefois, certains animaux se ressemblent parfois comme deux gouttes d’eau et ne sont pas classés dans la même famille. C’est le cas de notre cochon bois ou pécari qui ressemble tant à un sanglier mais ces deux animaux appartiennent à deux familles différentes. Mais ça, c’est une autre histoire.

En savoir plus :

« https://coucouduguanxi.photo.blog/ », pour voir d’autres photos d’oiseaux chinois.

« Suidae and Tayassuidae (Wild Pigs, Peccaries) », 2015, M. Sutherland-Smith,Fowler’s Zoo and Wild Animal Medicine, Volume 8., pp. 568–584

« https://animals.fandom.com/wiki/Tayassuidae », lire le chapitre « evolution » de cette page web pour voir la différence entre les suidae et les tayassuidae, la famille des pécaris.

 

Les jardins de fourmis

Mais comment s’est formé ce jardin suspendu ?

Que serait la forêt tropicale sans les lianes et les nombreux épiphytes* qui ornent les arbres ? Si vous regardez bien du côté de ces plantes perchées, certaines forment de véritables petites compositions dignes du meilleur fleuriste. Les auteurs de ces curiosités ne sont pas non plus bien grandes : Ce sont des fourmis.

 

Les Aechmeas forment des jardins de fourmis actifs la nuit.

En effet, certaines espèces de fourmis fabriquent des fourmilières bien particulières nommées « Jardin de fourmis ». Ces petits insectes commencent par faire un nid en carton dans la paroi duquel elles vont ramener des graines de plantes épiphytes. Des expériences ont montré que ces graines ne sont pas choisies au hasard mais que nos mini jardiniers sélectionnent les espèces de plantes qui composeront bientôt leur nid.  Les différentes espèces de fourmis vont donc créer des jardins de fourmis différents par leurs tailles et par les espèces végétales qui s’y développent. Certains nids sont actifs de jour, d’autres de nuit comme ceux composés d’Achméas.

La fourmilière va alors se développer dans les racines de ces plantes qui forment la

Certaines fourmis sont associées à des épiphytes qui poussent sur la fourmilière.

structure du nid. Il existe même, chose rarissime chez les fourmis, des jardins dans lesquels cohabitent deux espèces de fourmis, voir trois. On y note aussi parfois la présence d’autres arthropodes (araignées, chenilles). Mais, les jardins de fourmis ne servent pas que de gîte, ils assurent aussi une partie du couvert. Les fourmis vont se nourrir du nectar des fleurs et de la pulpe des fruits.

Les plantes y trouvent aussi de nombreux avantages. D’abord, les fourmis en transportant les graines aident la dispersion de celles-ci. De plus, elles les déposent dans des conditions favorables à leur germination. Les déjections des fourmis enrichissent le jardin en sels minéraux, ce qui n’est pas négligeable lorsqu’on pousse en hauteur. La présence des fourmis les protège aussi de certains insectes ravageurs et de parasites. Les avantages y sont tels que certaines plantes ne survivent pas si les

Un jardin de fourmis composé d’une seule espèce d’épiphyte : Codonanthe calcarata.

fourmis abandonnent le nid.

Les liens forts qui unissent ces insectes et ces plantes sont bénéfiques pour les deux parties, c’est ce qu’on appelle le mutualisme. La forêt guyanaise offre une diversité de relations entre les êtres vivants qui est le fruit d’une très longue histoire, d’une très longue coévolution. Après le jardin créole, anglais, japonais ou à la française, n’oubliez d’admirer les jardins de fourmis lors de vos prochaines balades.

*Epiphyte : Plante qui pousse sur une autre plante.

Références :

« La forêt tropicale humide », H. Puig, 2001, Belin, pp. 115-118.

« Le jardin des fourmis », J.Y. Collet, 2004, 13 production /France 3 / RFO Guyane : Pour aller bien plus loin, il faut vraiment voir cette vidéo qui vous offre dans le détail des relations entre les plantes et les fourmis, fruit de la recherche scientifique en Guyane. Jetez-y un œil, c’est passionnant.

« Fresque des paysages naturels guyanais : De la forêt marécageuse à la savane roche, livret 3 », R.Girault, F. Capus, A. Thiémonge et C. Pourcher, Ed. Sepanguy, 2012, Collection Nature Guyanaise, p.44.

Jeu du « qui est là ? »

Le jeu du « qui est là ? » a déjà été publié sur ce site. Il ne s’agit ici que d’une nouvelle version, plus conviviale. Pendant les vacances, n’hésitez pas à découvrir la rubrique « jeux ».

De nombreux animaux se cachent soit pour échapper à leurs prédateurs, soit au contraire pour attendre leur proie. Leur aspect leur permet de se fondre dans le décor. La couleur, la forme et l’immobilité permettent de ne pas être vu. C’est ce qu’on appelle le mimétisme.

Pour démarrer le jeu, clique ici.

 

Les petits pots de colle

Dessin d’un Simivulpa, en fait un opossum, in Thevet, 1557.

« Quel est cet animal qui, dans cette bruyère,
Se promène avec ses petits ?
Il ressemble au renard. Mon fils, répondit-elle,
Du sarigue c’est la femelle ;
Nulle mère pour ses enfants
N’eut jamais plus d’amour, plus de soins vigilants. »

Mais qui est cette sarigue dont parle, en 1792, Jean-Pierre Claris de Florian, dans sa fable « La Mère, l’Enfant et les Sarigues ». Il s’agit tout simplement de l’opossum. L’animal surprit énormément les premiers européens qui débarquèrent en Amérique du sud. Tout d’abord, c’est la première fois que des européens rencontrent des marsupiaux. Ensuite, les femelles transportent les petits sur leur dos. Ce qui apparait dans plusieurs illustrations dont celle dans l’ouvrage de Thévet en 1557. Marie Sybille de Mérian, au XVIIème,  ajoute un détail qu’on retrouvera dans beaucoup de représentations jusqu’à celle de Walt Disney : les petits enroulent leur queue à celle de leur mère. Dans la réalité, ils s’accrochent à son pelage. La Sainte Chapelle, à Paris, est ornée de sculptures qui pourraient représenter un pian avec ses petits sur le dos. En tout cas, l’observation d’une maman marsupiale avec tous ses petits accrochés à sa fourrure ne laisse pas indifférent.

En fait, si les mamans mammifères sont connues pour prendre soin de leur progéniture, notamment parce qu’elles les allaitent, toutes ne s’en occupent pas de la même façon. Certaines cachent les jeunes, comme les biches. Les faons restent

Des jeunes cabiaïs attendent leurs parents au sec.

immobiles, couchés dans la litière, jusqu’au retour de leur mère. D’autres creusent des terriers, comme les loutres ou les chiens bois, dans lesquels les petits sont bien à l’abri. Pour les vaches, les ânes, les chevaux et les grands rongeurs de Guyane  comme les agoutis ou les cabiaïs, c’est une autre histoire. Il faut suivre sa mère quelques instants après sa naissance. Enfin, certaines mères transportent leurs petits sur elles lors de leurs déplacements.

En Guyane, plusieurs mammifères portent les petits. C’est le cas de tous les singes. Les

Une femelle Capucin brun et son petit.

jeunes primates s’agrippent à la fourrure de leur mère et sont ainsi transportés à plusieurs mètres du sol. Ce type de transport se retrouve d’ailleurs surtout chez plusieurs animaux arboricoles. En effet, se déplacer de branche en branche est un exercice difficile, qui demande de l’apprentissage et où les chutes peuvent être fatales. En Guyane, outre les singes, on retrouve ce type de transport chez les marsupiaux, comme les pians, et chez certains xénarthres comme les paresseux et les fourmiliers.

Galerie : Les « Xenarthres » qui portent leurs petits

Parmi les trois fourmiliers de Guyane, le Tamandua, le Myrmidon et le Tamanoir, seul le dernier n’est absolument pas arboricole. Le grand fourmilier est un animal qu’on peut aussi bien rencontrer en forêt que dans les savanes du littoral. Après 6 mois de gestation, les femelles donne naissance à un seul petit. Ce dernier va alors grimper sur le dos de sa mère et y rester plusieurs semaines. Il ne descendra que pour s’allaiter. Le jeune ne sera sevré qu’au bout de 8 à 10 mois mais il commence à se nourrir d’insectes dès l’âge de trois mois. Une chose étonnante lorsqu’on croise un Tamanoir avec son petit sur le dos, c’est qu’on ne voit pas forcément ce dernier au premier coup d’œil. En effet, les bandes blanches et noires de la fourrure de la mère et de son petit s’alignent parfaitement, ce qui confère à ce dernier un camouflage particulièrement efficace et en plus, c’est vraiment très classe pour se promener en savane.

Le fait de transporter ainsi leurs petits crée des liens très forts entre la mère et le jeune. Dès le 16ème siècle, les petits singes de l’Amérique du sud sont à la mode dans les cours européennes. De Léry, en 1580, remarquera alors que pour capturer les petits, on est obligé de tuer les parents afin que ces derniers ne s’enfuient pas en emportant leur progéniture. Je me souviens, aussi, à Apatou, d’un paresseux toujours dans les bras de sa maitresse. Dès qu’on cherchait à l’en séparer, il émettait un long sifflement ininterrompu jusqu’à ce qu’on le laisse avec sa mère adoptive. D’ailleurs, c’est un lien fort qu’on partage avec ces mammifères. Alors, en tant qu’anciens petits pots de colle, souhaitons une bonne fête aux mamans !

Références :

« Les singularités de la France antarctique, autrement nommee Amerique, & de plusieurs terres et isles decouvertes de nostre temps », 1557, A. Thévet, sur le site de la B.N.F., gallica.bnf.fr

« Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil », 1580, Jean de Léry, Ed. LGF, 1994, 670 pp.

« Petite histoire culturelle de la sarigue », 2019, F. Gallaire, un article très intéressant sur l’histoire des opossums ! A lire.

« La mère, l’enfant et les sarigues », 1792, Jean-Pierre Claris de Florian, cliquez sur le lien pour lire la fable dans son intégrité.

Être parent chez les six pattes

De nombreux animaux prennent soin de leur progéniture. Toutefois, de nombreux insectes meurent juste après la ponte. Mais, ce n’est pas le cas de tous les six pattes, certains parents sont particulièrement attentionnés. Pour assurer la survie de leurs descendants, certains insectes apportent des soins à leur ponte ou à leurs jeunes.

Les mamans insectes aménagent ou entretiennent l’endroit où les œufs seront

Chenille du Sphinx du frangipanier, Pseudosphynx tetrio.

protégés. Elles pondent souvent à proximité de la future source de nourriture de leurs jeunes. Les papillons sont réputés pour pondre leurs œufs sur les plantes consommées par leurs chenilles. Les Heliconius pondent sur les passiflores. Pourtant, ces plantes produisent des composés toxiques à base de cyanure. Mais, les chenilles de ces papillons peuvent digérer ces poisons sans risque. C’est le cas aussi, du Sphinx du frangipanier qui pond sur des plantes toxiques comme le frangipanier ou l’orélie. Leur chenille, en consommant les feuilles de ces plantes, ne sera pas comestible, ce qu’elle

Stictia sp et sa proie

signale aux prédateurs par des couleurs chatoyantes. Les bousiers pondent leurs œufs dans des boules d’excréments. A son éclosion, la larve nait directement sur son garde-manger. De terribles guêpes parasites, comme les guêpes « Pepsis » ou les « Stictia » paralysent leurs proies puis, les entrainent dans un terrier. Elles pondent alors leurs œufs sur leur victime. A sa naissance, la larve consommera la proie paralysée.

 

Certaines punaises montent la garde auprès de leurs œufs. Elles les protègent des

Cette punaise femelle protège ses œufs.

prédateurs. Elles continueront à protéger les jeunes après leurs naissances. Les œufs, une fois éclos, certains parents continuent à nourrir les larves. Chez les passalides, des coléoptères qui vivent dans du bois mort, les femelles pondent leurs œufs dans des tunnels creusés dans le bois en décomposition. Puis, les adultes prennent soin de leurs petits en leur préparant de la nourriture. Adultes et larves communiquent grâce à de nombreux sons. Il ne faudrait pas oublier que la prise en charge des larves devient une activité sociale chez de nombreux hyménoptères, c’est-à-dire chez les fourmis, les abeilles, les guêpes et les bourdons. Si chez certaines « guêpes » solitaires la femelle s’occupe seule de sa larve, pour d’autres espèces

, seule la reine pond. Le reste de la colonie va s’occuper des larves. Par exemple, chez les abeilles, une seule femelle est féconde, la reine. Le reste de la colonie est composée de quelques centaines de faux-bourdons mâles, et de 30 000 à 70 000 ouvrières stériles qui vont nourrir les larves de miel et de pollen, prendre soin de la ruche, monter la garde et partir à la recherche de nourriture. Toute une organisation, pour apporter les soins nécessaires aux œufs et aux jeunes.

 

Et puis tiens, si on pensait à la maman moustique. Savez-vous que chez les moustiques, seule la femelle pique ? Leur repas de sang est en effet indispensable à la maturation des œufs. Certes, celle-ci pond ensuite un petit radeau d’œufs qu’elle abandonne au gré des flots, dans un vieux pneu abandonné ou dans une gouttière. Mais, avez-vous déjà songé aux risques que prend cette mère pour donner naissance ? Zigzagant entre les coups de tapettes, évitant l’électrocution d’une raquette électrique, contournant le nuage d’insecticide …

Références :

« Les petites bêtes des jardins de Guyane », 2019, ONF, Guyane (Fr), 272 pages.

« Les insectes et autres invertébrés », 1988, A. Campbell, C. O’Toole, Edition F.L., 152 pp.

« Atlas de la biologie », 1984, G. Vogel, H. Angermann, Le livre de poche, 641 pp.

http://www.moustiquetigre.org/index.php/les-moustiques-en-general/115-lalimentation

« Les passiflores françaises : Guyane et Antilles », 2020, C. Houel, 74 pp., le PDF d’un passionné de passiflores à lire sur son site : http://www.passiflorae.fr/

Un crotale, non, deux…

Crotale sud-américain, Crotalus durissus.

En ce samedi sans pluie, un joli soleil se glisse enfin entre les nuages omniprésents en cette saison. C’est le temps que choisit un crotale pour prendre un peu de soleil sur les berges du lac bois-diable, en fin d’après-midi. Le Crotale sud-américain, Crotalus durissus, est un serpent facilement reconnaissable à sa queue qui se termine en « sonnette », d’où son autre nom de Crotale cascabelle. « Cascabel » en espagnol, signifie « grelot ».  Normalement, Lorsque le promeneur passe à proximité, il fait vibrer le bout de sa queue pour avertir l’importun de sa présence. Celui-là avait décidé de rester discret, bien caché dans les herbes sèches où sa coloration lui offre un parfait camouflage.

Le Crotale appartient à la famille des Vipéridés. Une famille célèbre en Guyane où l’on trouve le grage et le maître de la brousse.  Ces serpents sont tous

Crotale sud-américain, pas facile à voir dans les herbes sèches.

venimeux et donc dangereux. En ce qui concerne le crotale, sa morsure est potentiellement mortelle.  Son venin associe en effet des actions neurotoxiques, nécrotiques et hémorragiques. Ce serpent est toutefois rarement rencontré. On le trouve en Guyane, sur le littoral, dans une zone comprise entre Kourou et Mana. C’est un serpent de savane principalement. Mais, à Kourou, il a été vu dans des jardins et sur le golf.

Ce samedi, ce n’est pas un crotale qui a été observé mais deux, à cinq minutes

La queue se termine par une sonnette.

d’intervalles et tout proches l’un de l’autre. Car, pendant que notre individu prenait son bain de soleil sur les berges du lac, l’autre avait décidé de traverser le rond-point du collège Ho Ten You. Deux observations de ce serpent rare pratiquement simultanément !  Magie d’internet, la mise en commun de ces deux rencontres a été possible car elles ont été transmises au site de sciences participatives : faune-guyane. Sur ce site, ouvert à tous, vous pouvez poster vos observations de différents groupes d’animaux. L’intérêt est de découvrir la diversité des espèces présentes en Guyane. Faire part de vos rencontres animalières permet notamment de mieux appréhender leur répartition sur le territoire, leur période de reproduction, etc…

La sonnette du crotale, appelée aussi « Cascabelle », est composée de l’épiderme de l’extrémité de la queue qui ne se sépare pas lors de la mue. Mais, cette sonnette peut se détacher en partie, lorsqu’elle est devenue trop grande, par exemple. La sonnette de notre individu est constituée de 11 anneaux. Pourtant, il a décidé de rester silencieux, c’est bien la peine d’avoir un instrument pareil…

Références :

« Guide des serpents et amphisbènes de Guyane« , 1998, F. Starace, Ibis rouge éditions, 449 p.

« Les vipères de l’Amazone », découvrez les différentes espèces de Viperidés de Guyane grâce à de très belles photos.

« faune-guyane.fr », pour voir la seconde observation de Crotale.

« Les cahiers du vivant, Guyane française, Serpents et Amphisbènes »,  pour identifier les différentes espèces de serpents peuplant notre territoire.

Z’avez pas vu l’chien-bois ?

Crâne fossile de Chien-bois. auteur : P.V. Lund, 1895. Source : Manioc.org

S’il est bien un animal extrêmement discret en Guyane, c’est le Chien-bois, Speothos venaticus pour les savants. On l’appelle aussi chien des buissons, mais localement ce sont les noms créole « chyen-bwa » ou aluku « busi dagu » qui sont les plus utilisés. Il est si discret que, chose rare en sciences, son fossile a été découvert par P. W. Lund, un paléontologue danois, en 1842, au Brésil, avant que des scientifiques observent l’animal vivant ! Bien que peu connu, il est l’un des deux canidés présents en Guyane. L’autre canidé est le Renard des savanes, Cerdocyon thous, encore plus rarement observé. La plupart des données sont d’ailleurs dues à des pièges-photos, ce qui démontre bien la difficulté de rencontrer cet animal pourtant diurne et qui vit parfois proche de nous. D’autres prédateurs, comme les jaguars, sont bien plus fréquemment rencontrés.

Chien-bois, Speothos venaticus. Photo prise au zoo de Guyane.

A quoi ressemble notre Mirza de la forêt ? On est très loin du loup… Il est plutôt court sur pattes, une trentaine de centimètres de haut, avec une tête massive caractérisée par un museau court et des oreilles rondes qui lui donnent un air d’ours miniature. Il pèse entre 5 et 7 kg. Autre caractéristique, ses pieds sont palmés. Il est très bon nageur et vit souvent près des criques. Ils sont même capables de plonger plus de 30 secondes. Les Chiens-bois vivent en groupe de 4 à 10 individus. Il est actif le jour, plusieurs observations ont été faites en fin de matinée. Toutefois, certains ont été vus de nuit, ainsi qu’à l’aube ou au crépuscule. Les Chiens-bois dorment en groupe dans un terrier qu’ils ont creusé ou d’anciens terriers, comme celui du Tatou géant, le Grand Cabassou. Ils utilisent aussi les troncs creux des grands arbres abattus. Les femelles ont entre 2 à 6 chiots. Au Surinam, des naissances ont été observées durant la saison des pluies.

C’est un prédateur. Une étude des crottes de Chien-bois, au Costa-Rica, a montré qu’ils se nourrissait surtout de vertébrés : des petits rongeurs et des marsupiaux, mais aussi d’agoutis et de pacs, d’oiseaux, surtout des tinamous et dans une moindre mesure de reptiles et d’arthropodes du sol. On a même retrouvé des fruits de Bois-canon dans ses excréments. Malgré leurs petites tailles, ils ont été parfois vus s’attaquant, en groupe, à des proies bien plus grosses qu’eux comme les Cabiaïs ou les biches. Sa discrétion vient aussi de son cri. En effet, les chiens bois communiquent grâce à des petits cris aigus. Ils jappent lorsqu’ils chassent leurs proies (Pour écouter le cri du chien-bois, regardez la vidéo citée en fin d’article).

Gallerie : Quelques proies du Chien-bois

Bien que vivant de l’Amérique centrale au nord de l’Argentine, Speothos venaticus est rare sur toute sa zone géographique. Le Chien-bois se cache dans nos forêts, alors ouvrez l’œil et avec beaucoup de chance…

Références :

Les livres :

« Faune de Guyane« , 2007, E. Hansen et C.Richard-Hansen, Ed. Roger le Guen, 272 pp.

« Natural History and Ecology of Surinam« , 2018, Bart de Dijn Editor, LM Publishers, 480 pp.

« Neotropical Rainforest Mammals« , 1997, L. Emmons, F. Feer, The University of Chicago Press, 307 pp.

Sur internet :

Faune-Guyane : Pour voir la photo de D. Faune d’un Chien-bois pris au piège-photo.

http://www.manioc.org/ : Pour l’image du crâne fossile.

Diet and habitat associations of bush dogs Speothos venaticus in theInterior Atlantic Forest of eastern Paraguay, 2005, G.L. Zuercher, P. S. Gipson, O. Carrillo, Oryx Vol 39 N°1, pp. 86-89

« Why bush dogs are so different from other dog », Une vidéo du Smithsonian magazine où vous pourrez entendre le cri du Chien-bois et vous constaterez sa remarquable aptitude à la natation.

Comment identifier les animaux et les plantes de Guyane ?

Dans l’estuaire du Mahury, un plouf, une queue et un aileron aperçus brièvement.

-Mais c’est quoi ça ?   Un requin ?

-Non, un dauphin, je crois, mais il était un peu rose…bizarre.

-Trop petit pour être un dauphin.

Pas toujours facile en Guyane de nommer les animaux ou les plantes rencontrés. La biodiversité est telle que la tâche est ardue. Les ressources téléchargeables sont alors très utiles.  Cet article vous propose d’accéder à la documentation sur les espèces locales, en ligne, téléchargeable et gratuite.

Aujourd’hui, il existe plusieurs types de documents mis à disposition du grand public pour identifier les espèces animales et végétales. Les livres, bien sûr, dont une partie d’entre-eux est citée dans la bibliographie de ce site. L’édition dans ce domaine offre une grande variété de sujets. Ils peuvent être plutôt généralistes comme « Les petites bêtes des jardins de Guyane » ou plus spécialisés comme « Marsupiaux et rongeurs de Guyane ».

La biodiversité guyanaise est aussi en ligne. Certains sites reflètent vraiment cette grande diversité en offrant de remarquables photos d’espèces identifiées et classées. Citons par exemple, pour les plantes, « flore de Guyane » et « la chaussette rouge ». Ces sites peuvent être très spécialisés comme « Libellules de Guyane », un travail remarquable qui propose même une clé de détermination dynamique.

Ces dernières années, on trouve aussi sur la toile de nombreux documents téléchargeables et gratuits. Ces livrets sous format .pdf sont autant de précieux outils pour découvrir notre flore et notre faune locales.  Voici quelques liens qui vous permettront d’accéder à ces ressources  :

« Faune Guyane » est un site collaboratif ouvert à tous. Sur ce site, vous trouverez de nombreuses ressources téléchargeables et gratuites pour identifier les oiseaux des jardins ou certaines oiseaux particulièrement difficiles à identifier, une famille de chauve-souris, les petits opossums, les mammifères marins, les caïmans, certains serpents et lézards, certains amphibiens ou les papillons de jour. Découvrez ces livrets en cliquant ici et en ouvrant les onglets à gauche de la page d’accueil.

La Réserve Régionale Naturelle Trésor offre une très belle collection de livrets naturalistes. Les livrets sur palmiers, les phasmes et les libellules sont déjà parus. Pour les découvrir, cliquez ici.

L’association « Kwata » offre aussi de nombreuses fiches et livrets téléchargeables sur certaines espèces emblématiques de la Guyane comme le tapir, le lamantin, les tortues marines, etc… Vous pouvez télécharger ces documents, en cliquant ici et en descendant jusqu’à la rubrique « téléchargements ».

 

« Cerato », l’association herpétologique de Guyane met aussi à disposition de nombreux documents téléchargeables pour identifier les serpents, les lézards et les amphibiens de Guyane. Ces documents récents et très bien faits sont de précieux outils pour découvrir ces animaux. Découvrez ces livrets en cliquant ici.

« Herp me ! » est une revue proposée par la Société Herpétologique de France. Son tout premier numéro, téléchargeable et gratuit, est consacré aux geckos de Guyane. Pour télécharger la revue, cliquez ici.

« Biotope » propose aussi, dans les cahier de la fondation, des clés de détermination des caïmans de Guyane ou de certains serpents et amphibiens. Cliquez ici et faites défiler les titres, plusieurs cahiers concernent la Guyane.

La diversité de cette documentation mise à disposition du public est le reflet de l’extraordinaire richesse de la nature guyanaise. Cet article n’est d’ailleurs pas exhaustif et les publications se multiplient. Si vous habitez sur un site où internet passe mal, faites-vous une petite collection de pdf. Si vous venez d’arriver en Guyane ou tout simplement si votre passion pour la nature locale est naissante, pas de panique, procédez pas-à-pas. Par exemple, en apprenant à identifier les oiseaux du jardin et les espèces emblématiques de Guyane. Plus vous découvrirez de nouvelles espèces et plus vous aurez envie d’en connaître d’autres. Ces travaux nombreux et de qualités représentent des heures de travail, un grand merci à tous ceux qui les ont élaborés.

 

Zouti lans, une rencontre brûlante

Au cours d’une balade, j’aperçois une araignée spectaculaire, une Argiope argentée, au milieu d’un massif de plantes à petites fleurs blanches. Afin de la photographier de plus près, je m’enfonce parmi ces plantes d’environ un mètre cinquante de haut quand, je ressens de violentes brûlures aux bras et aux mains. Mais qui donc vient de m’infliger ces douloureuses piqûres ?

Sans le savoir, cette sensation de brûlure m’a au moins fait découvrir le nom de l’espèce. Car, je suis entré au milieu d’un joli massif de Cnidosculus urens,

Cnidoscolus urens

plus connue localement sous le nom de Zouti lans. Si j’avais connu un seul de ces deux noms, je me serais méfié. En latin, « Cnide » se traduit par l’anémone de mer, aussi nommée : « ortie de mer ». Quant à « urens », cela se traduit par « brûlure ». Le créole n’est pas moins explicite, « Zouti » vient d’ortie et « lans » comme la violente douleur ressentie après la piqûre. Pour avoir testé différentes orties européennes, la Zouti locale inflige une brûlure bien plus douloureuse. Bref, une plante qu’il vaut mieux apprendre à reconnaître.

La Zouti lans est une plante qui pousse sur le littoral. Elle appartient à la famille des euphorbiacées, une vaste famille de plantes dans laquelle on retrouve le célèbre

Les fleurs de l’Ortie lance, Cnidoscolus urens. Evitez d’en faire un bouquet, ça pique fort !

manioc. La plante mesure jusqu’à 2 mètres de haut. La tige et les feuilles sont couverts de petits poils urticants. Attention, comme beaucoup d’autres plantes de cette famille, elle produit un latex toxique. Il ne faut absolument pas la manger. Ceci pourrait entrainer un gonflement des lèvres, des rougeurs et même une perte de connaissance. Une étude a montré que, dans certaines régions, ses petites fleurs blanches font pourtant le délice d’une espèce de papillon, l’Eurema daira, attirés par le nectar des fleurs. Enfin, plus précisément des fleurs mâles. En effet, si cette plante produit des fleurs mâles et des fleurs femelles, seules les premières produisent du nectar mais, comme les fleurs mâles et femelles se ressemblent comme deux gouttes d’eau, elles trompent le papillon qui butine indifféremment l’une ou l’autre.

En photographiant une araignée, on ne pense pas forcément à se méfier de la plante dans laquelle elle a construit sa toile… Connaître la nature qui nous entoure évite parfois quelques déconvenues.

Références :

http://www.lachaussetterouge.fr/2014/04/cnidoscolus-urens-zouti-lance.html

« https://herbier-guyane.ird.fr/initier-botanique/plantes-en-vrac/plantes-toxiques/zouti-lance/ »

https://en.wikipedia.org/wiki/Cnidoscolus_urens, l’article au sujet de cette plante sur le wikipédia anglais.

 » Nature : « Zouti lance », attention plante dangereuse….! », 2020, article de Guyane 1ère dans la rubrique nature suite à une alerte de M. Fleury.