Avoir 19 sur 20 en 19 cent 22.

Couverture du livre : « Botanique, classes de cinquième A et B » écrit en 1922 par Eugène Caustier.

Imaginez un instant que vous faites un bond de cent ans en arrière. Vous êtes un collégien de 1922. Comment auriez-vous pu avoir 19 / 20 en S.V.T. en 1922 ? Pour le savoir, ouvrons notre manuel ! Déjà, on ne disait pas « S.V.T. » car les « Sciences de la Vie et de la Terre » s’appelaient : « Les sciences naturelles ». Il y a cent ans, que vous soyez en cinquième A ou B, vous auriez eu une heure de sciences naturelles par semaine. Et oui, les sciences expérimentales ont eu du mal à exister dans l’enseignement. Les sciences naturelles au collège doivent beaucoup à la réforme de 1902, programme qui sera modifié en 1912. En 1922, on applique ce programme modifié.

Qu’auriez-vous étudié au collège ? C’est simple : En 6ème, zoologie, en 5ème botanique et en 4ème géologie. Les 3èmes s’intéresseront à l’être humain. Ouvrons notre manuel de 5ème intitulé : « Botanique, classes de cinquième A et B», par E. Caustier, un auteur de nombreux manuels de sciences naturelles à l’époque. Le livre est petit, de la taille d’un livre de poche, tout en noir et blanc, sans photo mais avec plein de dessins. Il fait quand même 324 pages entièrement dédiées à l’étude des plantes.

Première page, on lit : « Nous avons vu dans le cours de zoologie que les végétaux comme les animaux sont des êtres vivants. Mais il existe une différence essentielle entre les végétaux et les animaux : Les végétaux trouvent leur nourriture sur place, dans le sol par leurs racines et dans l’air par leurs feuilles, aussi ils sont immobiles et insensibles ; Les animaux, au contraire, vont à la recherche de leur nourriture, aussi sont-ils doués de mouvements et de sensibilité ». Bon, ben, c’est comme ça, tant pis pour tous les animaux marins (corail, moules, ascidies) qui vivent fixés à leur rocher… Ah non, je n’ai pas tout lu. Le professeur Caustier écrit ensuite « Cette différence, bien que générale, n’est pas absolue » et il ajoute « Certaines plantes peuvent se mouvoir et paraissent sensibles, irritables. » Et il prend un exemple bien connu en Guyane : la sensitive. Il propose même une expérience : endormir la sensitive en plaçant une éponge imbibée de chloroforme à proximité.

En 1922, il est conseillé d’apprendre grâce à des expériences. Dans les chapitres I à VI, on découvre les différentes parties de la plante : la racine, la tige, la feuille, la fleur, le fruit et les graines. On s’arrête aussi sur la nutrition des plantes. C’est la partie de l’ouvrage où sont proposés le plus d’expériences dont celle sur les poils absorbants devrait vous rappeler quelque chose… Petit jeu, ouvrez votre manuel de 2022 et cherchez cette expérience. Gagné ! C’est la même.

Il y a 100 ans, vous auriez aussi découvert dans ce livre, les différents groupes de plantes. Certaines de nos plantes locales y sont d’ailleurs à l’honneur. On y parle des orchidées épiphytes. Rappelant au passage que si en 1790, on ne connaissait que 4 espèces d’orchidées épiphytes en Europe, en 1850, on en connait 468 espèces et en 1922, il y a plus de 2000 espèces importées. Une importance particulière est portée sur les plantes cultivées comme la banane, l’ananas, la canne à sucre, le poivre, la vanille, le café, etc… Pour ma dissémination des graines, on parle même du sablier, le fruit du bois diable ! Mais, on évoque aussi les fougères, les mousses, les algues et même les champignons ! Et oui, dans ce cours consacré aux plantes, on y inclut les champignons et mêmes les bactéries qui sont « des algues microscopiques ». Notons toutefois que si les bactéries sont associées aux maladies, l’auteur cite aussi leur rôle bénéfique dans la transformation des aliments, dans la décomposition de la matière organique et même dans leur rôle d’assimilation de l’azote pour certaines plantes.

On s’intéressera aussi à la distribution des végétaux à la surface du globe ou aux plantes et leurs relations avec l’Homme. Dans un chapitre intitulé, « Les plantes et la civilisation, acclimatation, paysages anciens et actuels », l’auteur évoque l’importance qu’ont eu les végétaux pour le développement des civilisations humaines. Il évoque l’importance de l’acclimatation de diverses espèces en Europe mais aussi d’espèces eurasiatiques en Amérique. Par exemple, il cite le cas de la culture d’orangers aux Antilles. Mais il s’interroge aussi déjà sur la notion de plantes invasives : « Les espèces végétales introduites dans une région peuvent livrer, aux espèces indigènes, une lutte qui les fera peu à peu disparaître ».

Enfin, ce manuel, comme tous les manuels ne reflète pas entièrement ce qu’étaient les sciences naturelles. On le sait, en SVT, tout n’est pas dans le livre. Pour M. Caustier, il s’agit avant tout d’aller sur le terrain : « Le meilleur moyen, on pourrait dire le seul moyen de bien connaître les caractères des végétaux, c’est des les étudier sur les plantes elles-mêmes. ; mais il est nécessaire pour cela de faire des excursions botanique » et s’en suit des conseils pour les récoltes des plantes et la constitution d’un herbier.

1922-2022, cent ans après, bond dans l’espace, vous êtes en 5ème et si vous lisez cet article, vous êtes devant un écran, et oui, bien des choses ont changé. Mais, eu fait, alors auriez-vous eu 19 sur 20 en 19 cent 22 ?

Références :

« Botanique, classes de cinquième A et B », 1922, E. Caustier, 23ème édition, Librairie Vuibert, 324 pp.

« Sciences naturelles et formation de l’esprit, Autour de la réforme de 1902 », 2002, ed. N. Hulin, Presses Universitaires du Septentrion, 400 pp.

Il pleut, il mouille…

Il ne vous aura certainement pas échappé qu’en ce moment, en Guyane, se promener en forêt devient parfois un sport de glisse. « Hou, la gadoue, la gadoue…», C’est en fredonnant ce petit air de circonstance que je vous invite à regarder qui peut bien vivre dans ces nombreuses mares qui parsèment le sentier.

A première vue, personne. Le chemin, sec hier, est aujourd’hui ponctué de flaques boueuses sans intérêt. Ah si, deux, puis trois petits patineurs nautiques apparaissent.

Gerris

Ce sont des Gerris, de petits insectes qui ont la capacité de se déplacer sur l’eau. Ce sont des cousins des punaises. Ils peuvent ainsi patiner sur l’eau grâce à des poils spécialisés qui leurs permettent de se maintenir à la surface. Attention, si l’eau est polluée par certains produits tensioactifs, c’est-à-dire comme le liquide vaisselle, ils coulent ! Donc, si vous voyez des Gerris, c’est que l’eau n’est pas polluée avec ces produits. Ne vous amusez pas à les prendre dans la main, comme les punaises, certaines espèces ont un rostre qui peut infliger une piqûre douloureuse.

En observant les Gerris, apparait soudain sous la surface de l’eau, un étonnant insecte en forme de brindille qui se déplace lentement. Un phasme aquatique ? Non, il s’agit

La ranatre est une punaise aquatique qui respire grâce à un long siphon.

d’une ranatre, qui comme les Gerris est une cousine des punaises. Elle s’appuie sur quelques herbes mortes pour venir respirer à la surface grâce à un long siphon respiratoire. Ne nous y trompons pas, son aspect fragile lui sert surtout de camouflage pour capturer les proies qui passe à porter de ses pattes ravisseuses : Larves d’insectes aquatiques, vers, têtards et même des petits poissons. La ranatre va alors transpercer sa proie avec son rostre et en aspirer son sang.

Un Rivulus. Ces poissons sautent facilement en dehors de l’eau. Celui-ci était sur le chemin.

Des poissons ? Ici ? Dans ses mares de boue ? Est-ce possible ? Et bien oui. Si vous regardez bien, un petit poisson se tient immobile au fond. Il s’agit d’un Rivulus, plus connu sous l’appellation de Killies en aquariophilie. Il en existe huit espèces en Guyane. Ces étonnants petits poissons peuvent parcourir une dizaine de mètres sur la terre ferme. Ils se nourrissent d’insectes, notamment de fourmis, mais aussi de larves de moustiques. Ce sont de remarquables sauteurs. Certains aquariophiles imprudents ont eu la désagréable surprise de les voir s’évader de leur aquarium non couvert. Ce sont des cousins des Guppys et des célèbres gros-yeux ou quatre -yeux. On peut en trouver, en saison des pluies, dans une simple trace de pas.

Mais ce n’est pas tout, car notre flaque recèle d’autres habitants secrets qui se cachent le jour et s’activent la nuit. L’un d’eux ressemblent à s’y méprendre à un serpent. En

Synbranchus marmoratus

l’observant de plus près, on voit que son corps n’est pas couvert d’écaille mais absolument nu. Au premier coup d’œil, on ne voit pas non plus de nageoire. Il possède pourtant une petite nageoire dorsale et une anale. Car il s’agit bien d’un poisson, Un Synbranchus marmoratus, certes un peu particulier. Lui aussi, peut respirer dans l’eau ou dans l’air, ce qui lui permet de se déplacer sur terre. Pas étonnant donc qu’on le retrouve dans ces flaques de boues où il consomme notamment des têtards, inaccessible aux autres espèces de poissons.

Crapaud perlé, Rhinella margaritifera.

Et oui, des têtards ! Car les derniers grands habitants de ses mares sont évidemment les amphibiens ! Quand il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille. Se promener en forêt, en saison des pluies, c’est être accueilli par le chant de nombreux amphibiens. Il y a les adorables petits Crapauds perlés dont les mâles forment des chœurs autour des mares, en plein jour, sous la pluie ou au crépuscule. Ses petits têtards noirs nageront bientôt en groupe serré dans la mare.

Pipa américaine

Plus rare, mais pas moins étonnant, un étrange habitant se cache dans ces eaux troubles. Il s’agit du Pipa américain. Comment le décrire ? Vous imaginez un « todo*» qui passe sous un camion ? Tout aplati. Ben, c’est à peu près ça. Il est tout plat avec une tête triangulaire, de petits yeux, des doigts libres et longs, de grands pieds palmés. Il est entièrement aquatique même s’il doit parfois se déplacer à terre pour gagner une nouvelle mare. Ce ne sont que deux exemples, mais le monde des amphibiens en Guyane est d’une incroyable richesse.

Avec notre généreuse saison des pluies, si vous décidez de partir aux sports de glisse en forêt, pensez à vous arrêter près d’une des mares qui jalonnent votre piste, peut-être y rencontrerez-vous l’un de ses discrets habitants.

* »Todo = Crapaud » en Nengé tongo

« Une à une les gouttes d’eau me dégoulinent dans le dos nous pataugeons dans la gadoue….. » S. Gainsbourg.

 

Références :

« Atlas des amphibiens de Guyane« , 2000, J. Lescure, C. Marty, Patrimoines Naturels, 45, 388 p.

« Atlas des poissons d’eau douce de Guyane, Tome 2, fascicule I« , 2000, P. Keith, P.Y. Le Bail & P. Planquette,  Patrimoines Naturels (MNHN-SPN), 43(I), 286 p.

« https://cerato-guyane.com/ressources/ », En cliquant sur ce lien, puis sur « Amphibiens », vous pourrez télécharger un excellent et très complet document en PDF, vous permettant d’identifier les amphibiens de Guyane.

Docteur Milvago

L’oiseau qui murmurait à l’oreille des chevaux.

En cette période de Noël, l’histoire pourrait s’écrire comme un joli conte : Il était une fois, un oiseau qui murmurait à l’oreille des chevaux… Cet oiseau, que nous appellerons « Docteur Milvago », s’approchait du cheval qui retournait ses oreilles pour une meilleure inspection. Le cheval se coucha et, aussitôt, l’oiseau enfourna toute sa tête dans son oreille. Quel étrange secret nécessite autant de précaution ? La réponse vient du nom que porte notre « médecin » au Brésil : « le Carrapateiro », comprenez le « mangeur de tiques » (carrapatos = tique en brésilien) … Et oui, notre praticien est en fait venu se délecter des tiques du canasson. A les voir tous les deux, nul doute que chacun y trouve son compte. L’oiseau qui inspecte méticuleusement sa monture et sa monture qui se couche d’un côté puis de l’autre pour présenter l’une après l’autre ses oreilles. Les Caracaras ne se contentent pas de nettoyer les oreilles des chevaux. Ils fréquentent en fait les gros mammifères, bœufs et cabiaïs font partis de leurs patients réguliers. Normal, ces animaux vivent, comme notre rapace, dans les savanes et les pâturages.

En bon français, le docteur Milvago porte le nom de Caracara à tête jaune. Il fut décrit par un ornithologue français au 19ème siècle, Pierre Jean Louis Vieillot, qui écrivait alors qu’il avait un bec droit à la base, allongé, rétréci en dessus, une mandibule inférieure obtuse, une face nue, des cires larges, poilus, des ongles presque émoussés,

Caracara à tête jaune adulte

des ailes longues, etc… Vous l’avez reconnu ? Non ? Bon, pour faire plus simple, Milvago chimachima, de son nom latin, est un rapace de taille moyenne. A l’âge adulte, il a des ailes et une queue marron foncé, le ventre, le cou et la tête sont blanc cassé avec un fin trait noir qui part de l’œil. Le jeune à une queue et des ailes marron foncé, le ventre, le cou et la tête sont marron foncé marqués de stries claires. C’est bon vous voyez de qui on parle ?

Ah oui ! Je vois, c’est celui qu’on voit souvent s’envoler de la route où il se repaissait d’un cadavre d’iguane ou de pian. Euh, oui, c’est bien lui. C’est que le Caracara est

Un Caracara essaie de prendre un poisson mort convoité par un Urubu noir.

souvent légiste… Il se nourrit de cadavres de divers animaux percutés par les voitures. Il n’hésite pas non plus à fréquenter la plage où il viendra disputer les restes d’un poisson mort aux urubus. Il a même été observé dans certaines régions du brésil à capturer des poissons piégés dans des flaques par la marée. D’ailleurs, ces choix en ce qui concerne la nourriture sont variés. Il visite parfois les nids d’autres espèces pour voler les œufs, ce qui entraine souvent une poursuite aérienne de la part des parents spoliés. Il complète aussi son menu avec des insectes et même des fruits de palmiers. Bref, si vous invitez un Caracara à tête jaune pour le réveillon, dite vous bien que quelque soit le menu prévu, il a des chances de le satisfaire.

Références :

« https://www.wikiaves.com.br/wiki/carrapateiro », Sa fiche de présentation sur un site d’ornithologie brésilien.

« Portraits d’oiseaux guyanais« , 2003, Gepog, Ibis rouge éditions, 479 pp.

« Analyse d’une nouvelle ornithologie élémentaire » , 1816, L-P. Vieillot, p.22 sur  le site : https://gallica.bnf.fr/.

« Notas sobre aves de rapina (Cathartidae, Acciptridae e Falconidae) brasileiras »2006, Olmos Fábio; Pacheco José Fernando; Silveira Luís Fábio, Revista Brasileira de Ornitologia). 14 (4), pp :401–404.

Un fossile de paresseux géant découvert près de Maripasoula !

dent de requin fossile

La paléontologie, c’est-à-dire l’étude de la vie du passé grâce aux fossiles, avance à grand pas ces dernières années en Guyane. En 2017, des huîtres fossiles étaient découvertes dans les excavations du chantier d’Ariane 6. Des fouilles plus précises ont permis de mettre à jour des fossiles d’autres coquillages, de dents de requins, de divers os de poissons, de morceaux de crabes et d’oursins. Cette diversité de fossiles permet ainsi de penser qu’à cet endroit, il y a environ 126 000 ans, il y avait une mangrove.

Toujours au Centre Spatial Guyanais, des charbons fossiles ont été découverts. Vieux de 40 000 ans, ces fossiles sont les restes d’une grande diversité végétale. On y trouve des espèces de forêts inondables, mais aussi des espèces de savanes dans lesquelles les chercheurs imaginent alors la présence d’une mégafaune tel que les mastodontes sud-américains (un proche cousin de l’éléphant et du mammouth), des paresseux géants guettés par de grands prédateurs que sont les tigres-à-dents de sabre. Ces chercheurs vont même préciser, dans un article, que les paresseux géants seront plus probablement des Eremotherium que des Megatherium, son proche cousin.

Fossile du célèbre Megatherium au Muséum National D’Histoire Naturelle.

L’hypothèse sera rapidement confirmée grâce à la découverte exceptionnelle d’un fossile d’un jeune paresseux géant dans les environs de Maripasoula. La découverte a fait grands bruits dans les médias et pour cause, c’est une première en Guyane ! Les restes fossiles ont été mis à jour par un orpailleur. Il s’agissait d’un fragment de côte et d’une vertèbre d’un paresseux géant. Une campagne de recherche en octobre de cette année a permis de retrouver d’autres fragments de cet animal : des morceaux de mâchoires, du crâne, de l’avant-bras et de l’épaule. Ces os sont ceux de l’espèce, Eremotherium  laurillardi, l’espèce la plus abondante de paresseux géant en Amérique du sud, mais jamais découverte en Guyane auparavant. Les paresseux géants étaient des animaux qui se déplaçaient au sol, dans les savanes qui couvraient alors une grande partie de la Guyane. Herbivores comme les paresseux actuels, ils ressemblaient plus à des ours. Dressés sur leurs pattes, ils pouvaient atteindre 4 mètres de haut, pour un poids de 3 à 4 tonnes. Ils vivaient dans le nord de l’Amérique du sud, en Amérique centrale et jusqu’en Floride et au Texas. C’est un animal qui a disparu il y a environ 12 000 ans.

Ce site a permis aussi de mettre à jour des fossiles d’insectes, des crochets d’araignées, d’escargots ou des dents de poissons. Ces insectes fossiles sont aussi une première pour la Guyane. La présence de coquilles d’escargots prouve une bonne conservation des fossiles et permet de penser qu’on fera d’autres découvertes. Tous ces fossiles permettront de préciser l’environnement dans lequel évoluait notre paresseux géant, il y a plus de 120 000 ans. La paléontologie guyanaise est une science qui devrait nous apporter de nouvelles découvertes extraordinaires dans les prochaines années. La forêt guyanaise n’a pas fini de nous étonner. Un beau champ de recherche pour les futurs jeunes paléontologues qui découvriront ce qui se cache dans cette forêt.

Quel sera le prochain animal fossile découvert en Guyane ? Le Megatherium au milieu d’autres fossiles dans la galerie de la paléontologie à Paris. A l’arrière plan, en forme arrondie, un glyptodon, un  tatou géant, autre représentant de la mégafaune disparue d’Amérique du sud.

Pour en savoir plus :

« Smilodon« , 2006, Office Nationale des Forêts, ONF : Guyane, 56 p. Un livre pour découvrir la mégafaune disparue de l’Amérique du sud. Pour les petits et les grands curieux.

« Parc amazonien de Guyane : découverte d’un fossile de paresseux géant, espèce disparue depuis 12 000 ans ! », un article sur le site du Parc Amazonien de Guyane. Vous trouverez une vidéo très intéressante où les chercheurs expliquent leur découverte.

« Le fossile d’un paresseux géant, espèce disparue depuis 12 000 ans, découvert en Guyane », Un article dans le journal « le monde » du 26 octobre 2021, preuve que la découverte n’est pas passée inaperçue dans les médias.

« Voyage spatio-temporel dans la biodiversité guyanaise », Un escape game en ligne proposé par E. Baby et L. Schaellebaum. Vous jouerez le rôle d’un(e) journaliste qui enquête sur la découverte de fossiles au centre spatial guyanais. Pour en savoir plus sur ce jeu, vous pouvez consulter le site SVT de l’Académie de Guyane en cliquant ici.

« Mégafaune: Voyage dans les mondes perdus des Guyanes », 2018, P.O. Antoine, A. Heuret et L. Marivaux,  un article passionnant sur divers représentants de la faune de mammifères géants et leur environnement, « Une saison en Guyane », n°20, pp.78-85.

« Des étoiles aux fossiles. Quand Ariane révèle la Guyane pléistocène », 2021,  A. Heuret, S. Bodin, L. Marivaux et P.O. Antoine, « Une saison en Guyane », Hors série n°7, pp.4-9. Un article qui revient sur les découvertes de fossiles du CSG.

Sur dipijo, vous trouverez les trois articles précédemment publiés sur la paléontologie en allant dans la rubrique « Articles / Les articles par thèmes / Articles sur la paléontologie« .

 

 

 

Regards croisés sur la pointe des roches

Vendredi 12 novembre, Trois classes de sixième du collège Victor Schoelcher étaient de sortie à la pointe des roches. Les élèves des classes de sixièmes Arganier, Ebène et Ficus étaient prêt à embarquer dans le bus dès 7 h. Cette année, les classes du collège portent toutes des noms d’arbres, en résonance avec le beau projet mené l’an passé par le CDI. Contrairement à la veille, le soleil était au rendez-vous. Il n’y avait plus qu’à sortir les crayons à papier !

La sortie « découverte du littoral » est renouvelée chaque année depuis 2015. Elle est née avec le projet biomango en partenariat avec le CNRS. La sortie a évolué au fil des années avec l’introduction de nouvelles thématiques comme l’archéologie l’an passé. Mais, depuis le début, l’esprit de cette matinée est resté identique à savoir proposer une découverte pluridisciplinaire d’un environnement proche. Ainsi, durant cette sortie, les enfants font de la physique-chimie, de la géographie, des Sciences de la Vie et de la Terre. Ils prennent conscience de la responsabilité humaine dans la gestion des déchets. Cette année, cette approche pluridisciplinaire a la chance de pouvoir proposer deux nouveaux ateliers : Une approche littéraire, avec une excursion dans un conte guyanais « Matambele » et une approche artistique avec une participation des arts visuels.

Six ateliers durant la matinée, c’est dur. Mais, comme chaque année, nos costauds ont tenu jusqu’au bout. Plus les heures s’écoulaient, et plus le soleil était généreux. Tant et si bien que si le premier groupe a tout de suite remarqué un Barbacou noir perché juste au-dessus de nos têtes, dans le dernier, un élève a vu un grand Hibou dans les palétuviers. Il était de temps de rentrer, le soleil commençait à taper dur… Quoique, dans la série les oiseaux insolites, la veille, un vol de Flamants des caraïbes passait au large de la pointe des roches. Quant au grand hibou, il existe bien le Grand Duc d’Amérique et il fréquente le littoral guyanais. Alors notre grand hibou, personnage de fiction ou réel ? Un conseil, ouvrez grands les yeux, la nature en Guyane nous réserve toujours bien des surprises.

En cadeau bonus, encore des photos !

Ça plane pour elle !

A marée basse, un chenal longe la plage. Ses berges de vase molle hébergent de nombreuses formes de vie : petits crustacés, vers et mollusques. Dans ces eaux troubles nagent de nombreux petits poissons qui attirent une multitude d’oiseaux venus s’y nourrir. Soudain, une étrange forme apparait à la surface des flots. Comme une voile rose qui s’approche de la berge, puis disparait. Une fois, deux fois et enfin surgit un étrange animal qui tel un skimboard glisse sur la vasière.

Il s’agit d’une Raie chupare, Himantura schmardae, dont le comportement de prédation est impressionnant. Cette raie est commune en Guyane. Elle vit dans les eaux peu profondes du littoral, jusque dans la mangrove. Elle se déplace au rythme des marées, n’hésitant pas parfois à remonter des petits chenaux de quelques centimètres de profondeur. C’est une raie à l’aspect arrondi, d’une largeur commune d’environ 60 centimètres. Mais, elle peut atteindre les 2 mètres ! Elle possède sur sa queue un aiguillon barbelé venimeux. Chez les Dasyatidae, la famille de ces raies, l’aiguillon ne grandit pas au fil de la croissance mais tombe régulièrement. Il est remplacé par une nouvelle épine, ce qui explique que certaines raies ont plusieurs aiguillons. Pour respirer, la raie collée sur la vase ne peut aspirer l’eau par la bouche qui est en face ventrale. Elle possède deux évents sur le dessus de la tête qui lui permettent d’aspirer l’eau pour la rejeter au niveau des fentes branchiales, en face ventrale.

Il existe plusieurs espèces de raies en Guyane qui vivent aussi bien en pleine mer, comme la célèbre Raie manta, cette géante qui bondit hors de l’eau ou que dans les criques et les fleuves, comme la raie d’eau douce, célèbre pour ses très douloureuses piqûres. La Raie chupare est bien moins célèbre. Pourtant, son comportement de chasse mérite un coup d’œil. Pour capturer les petits poissons et crustacés, elle avance la tête hors de l’eau, ses nageoires roses font comme un filet qui repousse les proies vers les berges vaseuses. Proche du bord, elle s’élance alors sur la vase, avale sa prise et retourne dans son chenal pour répéter un peu plus loin l’opération. Elle longe ainsi la berge, multipliant les glissades spectaculaires.

La Raie chupare partage avec les quatre-yeux, ce comportement étrange pour un poisson qui consiste à sortir de l’eau. Hôtes privilégiés de cette interface entre la terre et la mer, habitants de la mangrove, une forêt qui pousse les racines dans l’eau salée, ces animaux sont le lien qui unit ces deux univers.

Ceci n’est pas une soucoupe volante.

Références :

« Raies et requins en Guyane, Synthèse des connaissances sur les raies et requins en Guyane », 2019,  Réserve Naturelle de l’Ile du Grand-Connétable, 70 pp.

« Poissons de mer de Guyane« , 2004, M. Léopold, Ifremer, 214 p.

« Fresque des paysages naturels guyanais : De la mer à la mangrove, livret 1 », E. Brochard, R.Girault et C. Pourcher, Ed. Sepanguy, 2008, Collection Nature Guyanaise, 92 pp.

« Drôles de quatre-yeux », « T’as de gros-yeux, tu sais ? », des articles de ce site pour en savoir plus sur ces autres étonnants poissons du bord de mer que sont les quatre-yeux.

Species invaders

« Au secours ! Les envahisseurs ! Courage, fuyons ! », pas de panique, nous ne sommes pas envahis par des petits hommes verts, les espèces envahissantes, «invasive species » en bon anglais, sont des espèces introduites volontairement ou non par l’homme dans un milieu et qui y deviennent nuisibles. « Euh, J’ai rien compris, m’sieu ». Bon, on reprend.

En images : Ces trois geckos présents sur nos murs ont tous été introduits en Guyane.

Reprenons, dans chaque écosystème, on trouve des espèces végétales et animales qui vivent ensemble. Parfois, l’homme a introduit dans cet équilibre une nouvelle espèce animale ou végétal. Une introduction qui a été volontaire, par exemple, le chat domestique, une espèce inexistante en Guyane avant la colonisation ou involontaire, par exemple, le Gecko mutilé, arrivé dans les années 90, certainement transporté par les containers de marchandises, originaire de l’Asie du sud-est et des îles de l’Océan Indien.

En images : Des oiseaux introduits volontairement ou pas…

En Guyane, les écosystèmes sont caractérisés par la présence d’espèces « indigènes ». Leurs présences dans la région sont dues à des processus naturels, sans l’intervention de l’homme. L’introduction d’une espèce « exotique » peut perturber cet écosystème. Par exemple, dans les années 1980, l’homme a introduit l’Acacia mangium pour revégétaliser les sites miniers. Cet arbre, originaire de Papouasie Nouvelle Guinée, avait été choisi car il pousse vite, sur un sol pauvre et fournit de nombreuses graines. Le problème est que rapidement, il a colonisé les savanes du littoral, en fermant ces beaux paysages ouverts. La conséquence est la réduction de ces espaces fragiles. Aujourd’hui, des campagnes d’arrachages des Acacias sont régulièrement organisées. Lorsqu’une espèce exotique menace l’écosystème ou les espèces indigènes, on la qualifie alors d’espèce envahissante, d’espèce invasive ou d’Espèce Exotique Envahissante (EEE).

Les espèces invasives peuvent aussi transporter des maladies. L’ Achatine, un escargot géant originaire d’Afrique, véhicule un ver parasite dangereux pour l’homme. En Guadeloupe, une étude a montré que 30 % des Achatines étaient porteuses de ce parasite à l’origine de méningites chez les personnes fragiles dont les enfants.  Cette espèce dévastent aussi les semis dans les jardins, un autre aspect négatif d’une espèce invasive. Les rongeurs, comme les souris grises ou les rats noirs sont sûrement arrivés d’Europe depuis longtemps en Guyane. Les rats peuvent être vecteurs de maladies ou créer des dégâts sur la faune locale, notamment sur les îles où ils consomment les œufs d’oiseaux marins. Le Ragodin, originaire d’Amérique du sud, a fait le voyage inverse. Importé en Europe pour les élevages de fourrures, il a été relâché dans le milieu naturel où il créé des dégâts et est vecteur de la leptospirose, une maladie grave. Ces rongeurs pullulent car leurs prédateurs naturels, le jaguar et le caïman sont absents de l’Europe.

Il existe une réglementation pour limiter les problèmes qu’entraine l’introduction de ces espèces dans un nouveau milieu. Il ne faut pas, par exemple, rejeter ses poissons d’aquarium dans mare ou la crique près de chez vous. En effet, si ces poissons trouvent les conditions favorables à leur développement, ils peuvent s’installer durablement au détriment d’espèces locales. Pour l’instant, en Guyane, une étude a montré que les espèces introduites n’ont pas déséquilibré les écosystèmes où elles se sont développées mais il faut rester vigilant. A Kourou, le lac Marie-Claire pullule de Tortues de Floride. On ne connait pas encore l’impact sur le milieu de ces tortues mais introduire une espèce volontairement peut avoir des conséquences graves pour les espèces locales, en entrant en compétition avec celles-ci, en transportant des maladies graves pour les espèces indigènes ou par prédation. La jolie petite tortue de Floride mesure environ 30 cm à l’état adulte. Omnivore, elle est particulièrement agressive. En Europe, son développement menace le territoire et le nombre de proies de la tortue locale, la cistude d’Europe.

Donc, si vous avez des animaux domestiques exotiques à la maison, serpents, tortues, poissons, oiseaux, etc… Ne les libérer pas dans la nature. N’en déplaise à Monsieur Pierre Perret, « N’ouvrez, N’ouvrez pas la cage aux oiseaux ! », Si ceux-ci ne sont pas d’ici… Gardez-les jusqu’à leur fin de vie. Par contre, c’est vrai, « Regardez les s’envoler, c’est beau ! », et la meilleure façon de le savoir, c’est d’observer l’incroyable biodiversité locale en liberté.

Références :

Les livres et livrets :

« Les petites bêtes des jardins de Guyane », 2019, ONF, Guyane (Fr), pp 242-245.

« Marsupiaux et rongeurs de Guyane« , 2014, F. Catzeflis, S. Barrioz, J-F. Szpigel & B. de Thoisy, Institut Pasteur de la Guyane, 128 p.

« Le littoral de Sinnamary à Iracoubo », 2014, Conservatoire du Littoral, 40 pp.

Les sites internets :

« Les espèces invasives », Un excellent dossier du site futura sciences.

« Des envahisseurs à surveiller », un article récent sur Faune Guyane, avec des liens très intéressants sur les actions menées localement.

« Les dépliants sur la réglementation des EEE en Guyane sont disponibles ! », pour retrouver la réglementation sur les espèces exotiques envahissantes en Guyane.

« Comment le beau ragondin est devenu un ravageur des zones humides », Un article de Reporterre qui fait le point sur le Ragondin en Europe.

« Les achatines, cause principale de méningites chez les personnes fragiles et les enfants », Un reportage de Guadeloupe 1ère sur les escargots géants d’Afrique comme vecteurs de maladie.

« L’aquariophilie et la pisciculture, des sources d’introduction de poissons d’eau douce en Guyane française », une étude sur l’arrivée de poissons exotiques en Guyane et leurs impacts sur l’environnement.

C’est quoi ces bébêtes ?

Dipijo présente un nouveau jeu, le : « C’est quoi ces bébêtes ? ».

En me promenant au bord de la mer, j’ai d’abord vu plein de petites bêtes courir partout sur les rochers. Puis, juste à mes pieds, deux d’entre-elles avaient décidé de faire des bébés… Au moins, je suis sûr que ce sont des êtres vivants…

Mais c’est quoi ces bébêtes ? Aide-moi à les identifier grâce à ce jeu.

Tu es prêt ? Clique sur la flèche ci-dessous pour lancer le jeu.

Des mouettes pique-assiettes

La Mouette atricille est fréquente en Guyane.

Pour beaucoup, la mouette est l’oiseau qui représente le mieux le bord de mer. Les mouettes font partie de la famille des Laridés comme les goélands et les sternes. En Guyane, la mouette la plus fréquemment rencontrée est la Mouette atricille, Larus atricilla en latin. C’est une mouette aux ailes grises, au ventre blanc et à la tête noire en période de reproduction. En dehors de cette période, la tête est grisâtre. Les jeunes eux sont plutôt bruns. On la voit partout sur le bord de mer : Sur les vasières, à la plage, sur les rochers ou suivant les bateaux de pêche.

Elle se nourrit de vers, de crabes, de coquillages qu’elle trouve dans la vase. Elle n’hésite pas non plus à manger les poissons morts qui flottent à la surface de l’eau. Les pêcheurs ont l’habitude de la voir suivre les bateaux, attendant les restes de poissons qu’ils jettent à la mer. Mais, c’est aussi un véritable pique-assiette ! Car notre

Bon appétit !

palmipède a trouvé un moyen pour se procurer son repas : Il le vole aux autres oiseaux. Oui, vous avez bien entendu, notre mouette se comporte comme un véritable pirate dans les airs comme sur la vasière. Notre larron poursuit dans les airs, les aigrettes et les sternes, jusqu’à ce que celles-ci, lassées, laissent tomber leur proie. Sur la vasière, les mouettes se mêlent aux aigrettes et aux bihoreaux. Dès qu’un oiseau capture un ver ou un poisson, il l’attaque en espérant récupérer un repas à emporter.

Cette mouette adulte a décidé de voler le poisson fraîchement pêché par un Bihoreau violacé. Elle s’approche de plus en plus, intimide, provoque, ce qui a le don d’énerver notre pêcheur qui hérisse ses plumes. Le voleur continue son harcèlement, espérant que l’autre lâche sa proie. La voleuse reste toutefois à distance, le Bihoreau a un bec puissant. Finalement, après sept minutes de confrontations, notre héron finit par avaler sa proie et la mouette repart le ventre vide.

Un tel comportement est appelé du kleptoparasitisme. « Klepto » fait référence au vol et « parasitisme » car dans cette relation, la mouette veut tirer des bénéfices au détriment d’autres oiseaux qui en subissent les désagréments. En Guyane, un autre oiseau marin est connu pour son kleptoparasitisme, il s’agit de la Frégate superbe, un grand oiseau noir aux ailes effilées. Véritable pirate des airs, ce magnifique oiseau poursuivra ses victimes en enchainant des acrobaties aériennes de toute beauté jusqu’à réussir à lui voler sa nourriture.

Frégate superbe, Fregata magnificens, ici un mâle reconnaissable à sa couleur dominante noire et sa gorge rouge.

Références :

« Oiseaux de Guyane« , 1992, O. Tostain, J-L. Dujardin, Ch.Erard & J-M. Thiollay, S.E.O., 222 p.

« Portraits d’oiseaux guyanais« , 2003, Gepog, Ibis rouge éditions, 479 pp.

« Laridae« , La galerie de photos de dipijo d’autres Laridés de Guyane.