Un lézard dans le ruisseau

Nesticure sillonné

En longeant un ruisseau, j’aperçois un lézard sur une pierre au milieu du courant. « En voilà un en bien mauvaise posture » me dis-je. J’approche pour lui porter assistance, mais soudain, plouf ! Il a sauté, peut-être a-t-il eu peur de ma présence. Mais quelle n’est pas ma surprise quand je le vois se mettre à nager, la tête hors de l’eau, comme un champion du 100 mètres crawl. Mieux, il plonge et se réfugie sous une roche à demi immergée.

Mais quel est donc ce lézard aussi à l’aise dans l’eau ? Il s’agit en fait d’un Neusticure, le Nesticure  sillonné pour être plus précis, l’une des deux espèces de petits lézards semi-

Nesticure sillonné

aquatiques de la Guyane. Il ressort petit-à-petit de sa mini-grotte pour laisser apparaitre un physique de crocodile pour playmobil, avec ses écailles qui lui forment comme une sorte de double carène à la base de la queue, d’où son nom latin Neusticurus bicarinatus. Sa longue queue est comprimée latéralement, idéale pour nager. Décidément, ce lézard d’environ 10 cm a un physique intéressant.

Son cousin, le Neusticure de Suriname, Neusticurus surinamensis pour les intimes, n’est

Neusticure du Suriname, Neusticurus surinamensis.

pas en reste. Ses écailles forment comme de petites bosses sur son corps. Comme l’autre Neusticure, il vit proche des ruisseaux où il trouvera lui aussi une partie de sa nourriture. Car ses lézards ont une autre particularité. Comme beaucoup de lézards, ils se nourrissent d’arthropodes : millepattes, araignées, insectes et de mollusques mais ils ajoutent à leurs menus quelques petits poissons et même des têtards !

En Guyane, on trouve d’autres lézards qui vivent au bord de l’eau. C’est le cas du Lézard caïman, Crocodilurus amazonicus, et du Dracène d’Amazonie, Dracaena guianensis, qui

Tropidure sourcilleux, Uranoscodon superciliosus.

fréquentent les rivières et marais. Il y a aussi les Tropidures sourcilleux, Uranoscodon superciliosus, sur les berges des criques et des fleuves et les Iguanes verts, Iguana iguana, qui perchés dans les branches surplombant l’eau, n’hésiteront pas à faire le grand plongeon à l’approche d’un intrus. Mais ça, ce sont d’autres histoires…

 

Référénces :

« Les lézards de Guyane« , 2004, J.C. de Massary, Editions Roger le Guen, 55 p.

« Les lézards de Guyane« , 1990, J.P. Gasc, Editions Chabaud, 76 p.

« Natural History and Ecology of Surinam« , 2018, Bart de Dijn Editor, LM Publishers, 480 pp.

Les passiflores

Maracuja, fruits de la Passiflora edulis.

Les passiflores, vous connaissez ? Non ? Alors les fleurs de la passion ? Les fruits de la passion ? Toujours pas. Bon, les maracujas ? Oui, c’est cela, ces délicieux fruits, ce jus un peu acidulé… Tout le monde voit, alors on va pouvoir parler des passiflores. Car nos maracujas, de son nom latin Passiflora edulis, ont de nombreuses cousines qui poussent naturellement en Guyane.

 

Gravure à l’eau forte de « Passiflora coccinea » par Fusée Aublet, 1775.

Les passiflores appartiennent à la grande famille des Passifloraceae et au genre Passiflora dans lequel on trouve environ 600 espèces. Ce sont des lianes avec de très belles fleurs. 90 % des espèces connues dans le monde viennent d’Amérique du sud, d’Amérique centrale ou des Caraïbes. Aucune Passiflore n’est originaire d’Afrique ou d’Europe. En ce moment, de nombreuses passiflores fleurissent. Découvrons quelques espèces de Guyane.

Près de nous, sur les bords de route ou de piste, la petite Passiflora foetida, mérite le coup d’œil. Ses fruits apparaissent comme des boules orange dans un emballage poilu. La pulpe de ses fruits est comestible. Toujours en bord de piste, la Passiflora coccinea rampe au sol ou grimpe aux arbres. La Snekimarkusa* ne passe pas inaperçue. D’ailleurs, le botaniste Fusée Aublet l’avait décrite dès le 18ème siècle, lors de son voyage en Guyane. Elle a de grandes fleurs rouges et des boutons au bractées tout aussi voyantes. Elle est très commune le long des pistes forestières.

Passiflora candida pousse elle aussi en bordure de piste ou en forêt. Elle forme des lianes et étale ses fleurs avec des pétales blancs et des étamines jaunes ponctuées de rouges. En fait, la forêt héberge  plusieurs espèces. C’est le cas de Passiflora glandulosa avec ses fleurs rouge vif ou de Passiflora amoena avec ses fleurs et ses fruits roses.

Les passiflores ont aussi conquis les marais et les bords de criques. Cette magnifique Passiflora gabrielliana avec ses grandes fleurs rose et violette poussait en bord de crique. La discrète Passiflora vespertilio, reconnaissable à ses fleurs blanches et ses feuilles à la forme particulières en « pied de canard », se développait au bord d’une zone marécageuse.

Il ne vous reste plus qu’à enrichir ces quelques exemples par vos propres observations des nombreuses autres passiflores de Guyane. Alors, après les fêtes, rien de mieux qu’une bonne marche à la recherche de ces fleurs, vous verrez, vous allez aimer beaucoup, passionnément ou à la folie.

*Snekimarkusa : nom en sranan tongo de la Passiflora coccinea , un petit clin d’oeil à nos voisins du Surinam.

Références :

« Les passiflores françaises : Guyane et Antilles », 2020, C. Houel, 74 pp., le PDF d’un passionné de passiflores à lire sur son site : http://www.passiflorae.fr/

http://floredeguyane.piwigo.com/ :  Ce site propose de très nombreuses photographies de plantes de Guyane, à consulter plus particulièrement pour cet article : Familles botaniques / Passifloraceae

http://www.lachaussetterouge.fr/ : Un site très richement documenté sur les plantes de Guyane et particulièrement pour cet article, allez voir la page http://www.lachaussetterouge.fr/tag/passiflora/

« Histoire des plantes de la Guiane Françoise», 1775, J.B.C. Aublet, Tome IV,  pl. 324

 

Où sont passés les poissons-scies ?

Les poissons scies, vous connaissez ? Oui, bien sûr avec un nom et un physique pareil, ils partagent avec les requins marteaux la particularité de ne pas passer inaperçus. Pourtant, s’ils se taillent une bonne popularité dans notre imaginaire, quand est-il de la réalité ? Car, malheureusement, les poissons-scies deviennent rares, ils font partie des espèces gravement menacées de disparition.

Les poissons-scies ressemblent à des requins, mais ce sont en fait des raies. Comme elles, les fentes branchiales sont sur la face ventrale. Son long rostre, « la scie », muni de dents latérales, leur permet de détecter les champs électriques émises par ses proies et de les frapper pour les assommer ou les capturer. Ce sont des poissons qui vivent près des côtes, dans les estuaires et dans les mangroves. En Guyane, il devrait être possible de retrouver deux espèces de poissons-scies : Le Poisson-scie commun (Pristis pristis) et le Poisson-scie tident (Pristis pectinata).

En effet, le poisson-scie est connu depuis fort longtemps en Guyane. Par exemple, En 1652, P. Biet, dans son « Voyage de la France équinoxiale » écrit : « Le costé de Mahury en est fort peuplé, Le sieur le Vendangeur en a beaucoup pris ». Il précise que s’il n’aime pas le goût, il a fait de l’huile pour lampe de bonne qualité avec son foie. En 1949, dans son livre sur les poissons de la Guyane, J. Puyo, écrit qu’il est très souvent pris dans les filets. Il raconte même l’échouage en 1929, sur la vasière derrière l’hôpital militaire, à Cayenne, d’un poisson scie de 600 kg et d’une longueur de près de 5 mètres ! Il pense alors, déjà, que ces poissons viennent se reproduire dans les eaux saumâtres du littoral car de nombreux petits individus, entre 0,5 et 0,9 m, scie comprise, sont pêchés à la senne, ce grand filet qu’on déploie à partir de la plage.

« Araguagua », 1648, Marggraf G., Sur http://www.manioc.org

De nos jours, où sont passés les poissons-scies ? Victimes de la pêche, de la destruction de leur habitat dans certaines régions du monde, c’est l’un des poissons marins les plus menacé au monde. Il a disparu d’au moins 20 pays, on estime que leur nombre a diminué de 80 à 95 %, ces 30 dernières années.  Toutefois, l’espèce est très discrète et il n’est pas impossible que la Guyane nous réserve des surprises. C’est pourquoi les associations Des Requins et des Hommes, Kap Natirel, entre Terre & Mer, le GEPOG, le Comité Régional des Pêches Maritimes et des Elevages Marins de Guyane (CRPMEM) et l’Ifremer se sont associés pour lancer le projet « TIDENT ». Il s’agit d’une grande enquête sur les requins-scies en Guyane et dans les caraïbes. Vous pouvez y participer en envoyant vos observations, vos témoignages (Voir l’affiche).

En tant que super prédateur, le poisson-scie joue un rôle important dans son écosystème. Il a inspiré aussi des artistes comme Bobby Lapointe et sa chanson : « Le poisson fa ». Notre biodiversité est aussi à l’origine de notre créativité…

« Il était une fois
Un poisson fa.
Il aurait pu être poisson-scie,
Ou raie,
Ou sole,
Ou tout simplement poisson d’eau,

Ou même un poisson un peu là,
Non, non, il était poisson fa :
Un poisson fa,
Voilà. »

Bobby Lapointe

Pour participer à l’enquête sur le poisson-scie :

Références :

Un bon bol d’air !

La mangrove s’étend à perte de vue de l’autre côté du fleuve.

Comme tous les ans, les sixièmes EIST ont pris un bon bol d’air à la pointe des roches. Par contre, un petit détail sur les photos montre que nous sommes bien en 2020. Trouvez lequel…

Les deux classes de 6ème EIST ont eu un programme chargé ce lundi 16 novembre : Découvrir les métiers de l’historien ou, nouveauté cette année, de l’archéologue ! Merci, Aude. Découvrir les polissoirs de pim-poum, faire de la chimie en plein air, reconnaitre les oiseaux et les crabes de la mangrove, puis un petit tour botanique avec l’identification des palétuviers. Un programme qui n’a pas été perturbé par une météo pourtant capricieuse ces dernières semaines.

Les élèves ont pu observer la laisse de mer et constater que si on observe beaucoup de graines, bois morts et algues, d’origine naturelle, les hommes laissent aussi leurs marques : bouteilles plastiques, bouteilles de verre, canettes, etc… Autant de déchets qui pour certains d’entre eux mettront des centaines d’années à se dégrader.

Les oiseaux étaient au rendez-vous, aigrettes bleues, aigrettes tricolores, aigrettes neigeuses, bihoreaux gris et bihoreaux violacés arpentaient la vasière en quête de nourriture. Un ibis rouge est aussi passé se présenter.

Les gros-yeux, Anableps pour les scientifiques, étaient aussi au rendez-vous. Grâce à leurs yeux particuliers, ils peuvent voir sous l’eau et dans l’air. Comme l’ont fait remarquer plusieurs élèves, c’est un bon moyen pour fuir les prédateurs. D’ailleurs, une aigrette bleue nous a fait une jolie démonstration en marchant au milieu d’un banc de gros yeux qui conservaient une distance raisonnable avec leur visiteur.

Côté mangrove, un groupe a vu un serpent. Les avis divergent, pour certains, il était gris, pour d’autres, rouge sur le ventre, pour tous, il se déplaçait dans les palétuviers. On ne saura pas qui était cet inconnu qui n’a pas attendu le photographe. La mangrove, cette forêt de palétuviers, est un écosystème côtier qui occupe la majeure partie du littoral guyanais comme on peut le voir de l’autre côté du fleuve.

Bref, un bon bol d’air pour nous rappeler qu’on peut faire de magnifiques observations tout près de chez nous.

Pour en savoir plus :

– « Portraits d’oiseaux guyanais« , 2003, Gepog, Ibis rouge éditions, 479 pp.

« Mangrove, une forêt dans la mer », F. Fromard, E. Michaud et M. Hossaert-McKey, 2018, Ed. cherche midi, 168 p.

Sur dipijo :

« Drôles de quatre-yeux ! » : Un article pour en savoir plus sur les gros-yeux

 

Les faucons de Guyane

Des milliers de bécasseaux se reposent sur les rochers. Soudain, c’est la panique, tout le monde s’envole. Mais qu’est ce qui a bien pu effrayer tous ces oiseaux ? Une silhouette surgit dans le ciel. Deux ailes longues, étroites et pointues, pas de doute, il s’agit d’un faucon. Les faucons sont des rapaces de petite taille à une taille moyenne. Leur nom scientifique « falco », vient du mot latin « falx, falcis » qui veut dire la faux, à cause de leurs ailes en forme de lame de cet instrument qui sert à couper les herbes.

Il existe six espèces de faucons en Guyane : Le Faucon des chauves-souris, le Faucon orangé, le Faucon pèlerin, le Faucon aplomado, le Faucon émerillon et le Faucon crécerelle. Les deux premiers nichent en Guyane, les autres sont des migrateurs réguliers ou des visiteurs occasionnels. Ils appartiennent à la famille des falconidés dans laquelle on trouve aussi, en Guyane, les Caracaras, les Carnifex ou le Macagua rieur. Ce sont des tous des prédateurs diurnes.

La galerie des autres falconidés

Parmi le Faucons nicheurs de Guyane, on trouve le Faucon orangé et le Faucon des chauves-souris. Bien que se ressemblant fortement, le Faucon orangé est plus grand que le Faucon des chauves-souris. Le Faucon orangé préfère les zones dégagées comme les clairières ou les inselbergs. Même si certains viennent jusque sur le littoral. Le faucon orangé se nourrit surtout d’oiseaux mais il peut aussi s’attaquer aux chauves-souris. Certaines de ces proies ont la taille d’un pigeon. Le Faucon des chauves-souris aime les lisières de forêt et les berges des fleuves. Son nom vient du fait qu’il chasse les chauves-souris à l’aube ou au crépuscule. Il se nourrit aussi de petits oiseaux.

Parmi les migrateurs, on observe en Guyane les Faucons pèlerins et les Faucons émerillons. Le premier est un redoutable prédateur qui doit sa réputation à ce qu’il est considéré comme l’un des oiseaux les plus rapides du monde. Il plonge en piqué sur ces proies à près de 200 km/h ce qui leur laisse peu de chance pour s’échapper. C’est un faucon puissant qui nous vient du grand nord canadien. On l’observe souvent sur le littoral où il chasse les limicoles et les sternes. Le Faucon émerillon est plus souvent rencontré en savane ou dans les pâturages. C’est un migrateur d’Amérique du nord. Le Faucon crécerelle est très rarement observé.

Le Faucon aplomado est un visiteur rare en Guyane. Ce joli petit faucon habite habituellement les savanes, les prairies ou les zones semi-désertiques du sud des Etats-unis, du Mexique et jusque l’Argentine. On ne l’observe pas en forêt mais sur la plaine littorale. Il se nourrit d’oiseaux et d’insectes. Pour en savoir plus sur cette espèce, lisez l’article sur Faune-guyane : « le Faucon aplomado : un visiteur rare ». On le reconnait notamment à ses deux « moustaches » noires sur les joues.

La période est propice à l’observation de ces oiseaux. Alors, la prochaine que vous verrez s’envoler des milliers de limicoles, ouvrez l’œil, le faucon n’est peut-être pas loin.

Références :

« Portraits d’oiseaux guyanais« , 2003, Gepog, Ibis rouge éditions, 479 pp.

« Oiseaux de Guyane« , 1992, O. Tostain, J-L. Dujardin, Ch.Erard & J-M. Thiollay, S.E.O., 222 p.

« Le Faucon aplomado : un visiteur rare » : Un article sur Faune-guyane, LE site pour partager et découvrir les observations d’animaux en Guyane.

« Faucon orangé » : La fiche de cet oiseau sur le site http://www.oiseaux.net

« Le Faucon pèlerin : Un visiteur du grand nord canadien » : Un article sur dipijo.

Ces serpents qui sifflent sur nos têtes

« Pour qui sont ces serpents sifflent sur vos têtes » écrivait Racine dans Andromaque. On se souvient aussi les « s » sifflés de Kaa, le serpent du livre de la jungle. D’où viennent donc ces sifflements ? Pour découvrir l’origine de ces sons, il faut s’intéresser à la respiration des serpents.

Tout d’abord, tous les serpents respirent avec des poumons. Et oui, tous les serpents, même ceux qui passent leur vie dans l’eau, comme les anacondas qui sont des champions d’apnée. Des poumons ? Mais, il y a un problème, comment mettre ces deux gros sacs d’air dans ces spaghettis. Pourtant, les serpents ont bien des poumons.  Enfin, la plupart d’entre eux ont un seul poumon : Le poumon droit. Le poumon gauche est tout petit voir inexistant. D’autres, comme les boas, en ont deux. Dans  tous les cas, c’est un poumon différent du notre. Il est très allongé et se termine par un sac aérien. A quoi sert ce sac aérien ?

Et bien quand on est allongé comme un serpent et qu’en plus on avale ses proies en entier, il se pose un deuxième problème : Comment ne pas étouffer quand on mange ? Les côtes présentes sur toute la longueur permettent les mouvements respiratoires. Lorsque la proie arrive à un certain niveau, le serpent ne va utiliser qu’une partie de ses côtes et la dilatation de ses sacs aériens pour provoquer le mouvement de l’air. Mieux, juste derrière sa langue, le serpent à un petit trou : la glotte, qui s’ouvre sur la trachée. Cette position très en avant de la tête lui permet de ne pas s’étouffer en mangeant. Ils sont aussi capables d’étendre leur glotte sur le côté de leur bouche pendant qu’ils avalent leur proie.

Bon tout ça, c’est très bien mais on ne sait toujours pas d’où vient ce sifflement. Patience, on y arrive. Contrairement aux mammifères, la glotte des serpents est toujours fermée sauf quand le serpent respire. Une petite pièce de cartilage juste derrière la glotte vibre quand le serpent souffle fort. Cela produit alors le célèbre sifflement !

Références :

« Snake Respiratory System Anatomy » : 2011, D. Mader, M.S., DVM, DABVP, reptilesmagazine.com

« Physio animale CH3-3B : Systèmes respiratoires et respiration » :  Un article sur la respiration en générale et celle avec des poumons en particulier chez différents animaux.

 

 

Tarets : Les forets de l’océan

« Ah oui, moi je sais, les forêts de l’océan, ce sont les mangroves ! », « Mais non, ce sont les forêts de kelp, ces grandes algues brunes qui peuvent mesurer jusqu’à 60 mètres de long ! ». Ben, non, c’est écrit « foret » et pas « forêt » avec accent. Un foret, c’est ce que vous mettez sur votre perceuse pour faire des trous. Comme quoi, on n’insistera jamais assez sur l’importance de mettre les accents.

 

Explication, il ne vous a pas échappé que le littoral en Guyane évolue beaucoup. La mangrove colonise de grandes étendues  du littoral puis recule, au gré de l’évolution des bancs de vase. Peut-être vous êtes vous demandé ce que deviennent tous ces arbres morts ? Flottants à la surface de l’eau, ils peuvent représenter un grave danger pour la navigation. Et c’est là qu’intervient le travail du taret.

Vous avez sûrement observé, sur un bois mort échoué, des tas de tubes blancs. Le bois est criblé de galeries. Qui est l’auteur de tous ces trous ? Les anglais les appellent « shipworms », les vers des navires, un nom qui met l’accent sur un aspect de la vie du taret, celui de s’attaquer à tout bois immergé, y compris les bateaux, pontons et autres digues… Et oui, c’est comme pour les termites. Si celles-ci font du bien à l’arbre en le débarrassant de ses branches mortes, ils sont destructeurs de nos charpentes et constructions en bois. Sauf qu’avec les tarets, imaginez les conséquences des trous creusés dans votre coque en bois en plein milieu de l’océan ! Au cours de son quatrième voyage, Christophe Colomb fut obligé d’abandonner une de ses caravelles, la « Vizcaina », à Porto Rico, complétement rongée par les « vers » disait-il et d’ajouter que « le bois des caravelles était comme des rayons d’abeilles ». De 1730 à 32, la Hollande fait face à de nombreux dégâts dans ses digues de protection qui menacent de s’écrouler et on pourrait citer de nombreux autres dégâts causés par ces coquillages.

Les tarets des coquillages ? Mais, ils ressemblent à de gros vers blancs moches ! En fait, il faut bien observer ces mollusques. D’un côté, il y a deux siphons rétractables et protégés par une ou deux palettes qui peuvent fermer le trou. Un siphon pompe l’eau employée pour la respiration branchiale et une partie de la nourriture (plancton), l’autre rejette l’eau chargée des excréments, des résidus de bois et l’eau ayant servi aux échanges respiratoires. Ensuite, s’étire un long corps mou, protégé par un étui de calcaire, qui s’allonge durant toute la vie de l’animal. Enfin, à l’autre extrémité, il y a deux petites coquilles tranchantes qui creusent le bois comme deux râpes car les tarets se nourrissent du bois qu’ils creusent. Ces mollusques sont donc des xylophages (mangeurs de bois). Mais, si le bois est sa nourriture principale, il aspire aussi du plancton et des particules organiques par un de ses siphon. La présence d’une coquille à deux valves nous permet de classer les tarets parmi les mollusques, bivalves comme les huîtres, appartenant à la famille des Teredinidae. Il en existe plusieurs espèces.

Au fait, les anglais, pour protéger leurs navires des tarets, recouvrirent les coques de plaques de cuivre. Les bateaux sont devenus plus rapides et plus résistants aux boulets, ce qui a joué un rôle dans leur victoire de la bataille de Trafalgar ! Comme quoi, le petit « shipworms » a eu de grandes conséquences dans l’Histoire des hommes.

Références :

« Christophe Colomb vu par un marin », 1928, J.B. Charcot, Ed. Flammarion, pp. 294-299

« La folle histoire du taret, ce mollusque qui dévore le bois des bateaux », Ouest France du 12/02/2019, G. Hautemulle.

« Taret norvégien », Doris ffessm, fiche n°1769

« Guia de la flora y fauna de mar mediterraneo », 1984, A.C. Campbell, Ed. Omega, p.178

Heureux évènement chez les Bataras

Monsieur Batara transporte un brin d’herbe pour la construction du nid.

Au mois d’août, il y a eu un heureux évènement chez les Bataras. Monsieur et Madame Batara huppé ont eu deux petits. Les Bataras huppés, vous connaissez ? Peut-être pas car si ces oiseaux sont fréquents sur le littoral, ils n’en sont pas moins discrets. Ils évoluent parmi les broussailles et les mangroves. Il est même possible qu’ils fréquentent votre jardin. Leur présence est surtout signalée par leur chant caractéristique. Les Bataras huppés, Sakesphorus canadensis pour les scientifiques, appartiennent à la famille des thamnophilidés. Une grande famille d’oiseaux présents en Amérique du sud et du nord. Il en existe une quarantaine d’espèces en Guyane, peu connus car ils sont plutôt discrets et vivent souvent dans les sous-bois ou les broussailles. Pourtant ce sont de très jolis oiseaux. Admirez monsieur et madame Batara, lui, tête et cravate noires, elle, huppe rousse et tailleur assorti.

Nos Bataras huppés ont décidé d’installer leur nid au bord d’une route de campagne, dans un petit bosquet entouré de pâturages. Dès le 30 août, un premier œuf est pondu. Madame Batara se met alors à couver, monsieur n’est pas loin. Le 14 août, le nid contient deux poussins nus et aveugles. Certains poussins naissent ainsi, ils sont totalement dépendant de leurs parents. On dit qu’ils sont nidicoles. Ils ne savent pas voler, leurs parents continuent à les nourrir jusqu’à ce qu’ils sachent se débrouiller seuls. D’autres, comme les canards peuvent suivre leurs parents pour leur premier bain peu de temps après l’éclosion. Rapidement, ils sont capables de se nourrir seuls. On dit qu’ils sont nidifuges. Ah oui, question, l’être humain, nidicole ou nidifuge ?

Bon, nos petits Bataras sont bien nidicoles. Le 22 août, ils sont toujours au nid. Les deux parents ne sont pas loin et continuent à leur apporter de la nourriture. Le 30 août, plus personne dans le nid. Mais où sont les petits ? Un jeune apparait sur une branche basse, à proximité du nid. Il vole et n’a plus qu’à partir à la découverte du vaste monde.

Références :

« Portraits d’oiseaux guyanais« , 2003, Gepog, Ibis rouge éditions, 479 pp.

« Oiseaux de Guyane« , 1992, O. Tostain, J-L. Dujardin, Ch.Erard & J-M. Thiollay, S.E.O., 222 p.

« Thamnophilidae » : La galerie d’images de dipijo pour découvrir d’autres espèces de cette famille.

 

 

Dessine-moi un mouton paresseux

Dès la première semaine de la rentrée, une élève me montre un magnifique dessin de Puma ! Si tu aimes dessiner et que tu souhaites que ton dessin soit publié sur dipijo, n’hésite pas à envoyer une photo de ton dessin à dipijo@wanadoo.fr ou à le donner à M. Breton qui se fera un plaisir de le publier sur le site, avec ton autorisation bien sûr.

Si c’est un animal ou une plante qui te passionnent vraiment, tu peux aussi faire une fiche illustrée qui sera publiée sur le site. Voici, deux exemples possibles, réalisés par des élèves qui peuvent t’aider à créer ta propre fiche :

Pour les littéraires, la fiche type « dictionnaire »

Durant l’année scolaire 2010-2011, les élèves du CM2B de l’école Olivier Compas, à Kourou, ont publié des articles sur les animaux et les plantes de Guyane dans le « dictionnaire des écoliers de France, CE/CM », publié chez Larousse.  Voici quelques exemples de leurs productions ( Clique sur les images pour les agrandir)

 

Pour une approche plus scientifique,

Découvre le travail effectué par les élèves du collège Paul Gauguin d’Agadir, au Maroc, durant l’année scolaire 1994 / 1995. Les magnifiques dessins sont accompagnés d’une description de l’animal : son nom scientifique, son nom latin et arabe, ses caractéristiques, son régime alimentaire, son habitat, etc… Pour tourner les pages du document, clique sur les numéros en bas de page. Pour ouvrir le livret, clique sur le lien suivant :

« Identification des Mammifères sauvages du Maroc »

Goundi, Ctenodactylus sp. Dessin de Delphine B.

La partie des mammifères marins du Maroc et le dessin du sanglier n’apparaissent pas dans ce document. Je tiens à m’en excuser auprès de mes anciens élèves de qui je garde un excellent souvenir.

Un grand merci à Jean-François pour avoir retrouvé le lien du didapage.

A ton tour maintenant !

Références :

« Le Dictionnaire des écoliers de France, CE / CM », 2011, Editions Larousse, 1014 pp.

« Identification des Mammifères du Maroc », 2001, Les élèves du collège Paul Gauguin et MM. Breton, Feydel et Thomas, didapage, 50 pp.

Livret de l’ « Identification des Mammifères du Maroc », 1995, Les élèves du collège Paul Gauguin et MM. Breton, Feydel et Thomas, non édité, 53 pp.

Phoque moine, Monachus monachus, Dessin de Nafissa C.